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Finance durable: Interview avec Xavier Reille, Directeur IFC pour le Maghreb

Conscient de l’importance de favoriser une croissance durable de son économie, le Maroc a bel et bien balisé le terrain pour inciter son système financier à faire la promotion d’une finance dite verte.

Dans un entretien à la MAP, Xavier Reille, Directeur de l’IFC -Société financière internationale- pour la région Maghreb, dresse un état des lieux du développement de la finance durable au Maroc et revient sur les enjeux de stimulation d’une croissance verte, où le secteur privé national devrait jouer pleinement son rôle.

1. Quel bilan faites-vous du développement de la finance verte au Maroc ? Comment évaluez-vous les efforts du pays dans ce sens ?

Ils sont très encourageants. Le Maroc a fait preuve d’un leadership incontestable dans ce secteur, que ce soit dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris, dans l’organisation de la COP22 à Marrakech en 2016 ou encore dans les avancées significatives dans le domaine des énergies renouvelables.

Grâce au leadership de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), pionnière de la finance verte au Maroc, le Royaume a aussi été l’un des premiers pays d’Afrique à mettre en place – avec le soutien d’IFC – un cadre réglementaire pour les obligations vertes.

La première émission a eu lieu en 2016. Au total, cinq obligations vertes et/ou sociales ont aujourd’hui été émises pour un montant d’environ 420 millions de dollars US (3,8 milliards de dirhams).

Bank Al-Maghrib, la Banque centrale du Maroc, est également très active pour faciliter la mise en place de financements verts dans le secteur bancaire et elle a rejoint le réseau Sustainable Banking Network (Réseau Bancaire Durable en français) qui regroupe les banques centrales et les régulateurs les plus avancés dans ce domaine.

2- L’IFC est une référence en matière de promotion d’investissements encourageant un développement durable, dans le cadre notamment d’émission d’obligations vertes et sociales. Au Maroc, quelle place accorde l’IFC à ce sujet ? Quelles sont vos actions futures en la matière ?

La finance durable est au cœur de la stratégie globale d’IFC et nous travaillons avec nos différents partenaires pour aider à stimuler les financements verts.

Au Maroc, nous soutenons en particulier les efforts de l’AMMC pour le développement d’un marché des capitaux durable dans le Royaume. En 2017, nous avons investi 100 millions d’euros dans la première émission d’obligations vertes de la Banque Centrale Populaire.

Nous venons aussi de signer un accord avec l’AMMC pour aider les entreprises à accroître leur compétitivité en améliorant leur reporting en matière de pratiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Ce partenariat devrait aider à stimuler les investissements verts en vue de la reprise économique post-pandémie.

Parmi nos autres projets, nous soutenons le Cluster Solaire, une association qui regroupe des acteurs du secteur des énergies renouvelables, pour favoriser l’émergence de start-ups à haut potentiel dans les technologies vertes. L’objectif est de faire du Maroc un hub pour les nouvelles technologies vertes.

Sur un autre registre, IFC est en train de mettre en place un programme pour développer le marché des bâtiments verts au Maroc, une opportunité importante en matière d’investissements et d’économie d’énergie.
3- Selon vous, quelle place accorde le Maroc à la croissance verte dans son processus de relance économique ?

La pandémie de Covid-19 est un choc sans précédent dont on ne mesure pas encore pleinement l’impact économique et social. Mais la crise sanitaire est aussi l’opportunité de repenser et réinventer un nouveau modèle de développement plus inclusif, plus résilient et plus durable.

Le Maroc l’a bien compris, en faisant notamment de l’économie verte l’un des piliers de la relance économique. C’est une approche intéressante car les investissements verts peuvent véritablement aider à stimuler la croissance et créer rapidement des emplois.

Nous croyons que le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, au cœur du plan de relance, peut être un catalyseur de cette reprise verte en attirant des investisseurs et des bailleurs de fonds soucieux de cette question.

L’économie verte est aussi un enjeu pour le Maroc si le pays veut consolider sa position de partenaire commercial de choix pour l’Europe en Afrique. Le Royaume est idéalement placé pour devenir une base industrielle verte aux portes de l’Europe et bénéficier des opportunités du plan de décarbonisation de l’Union européenne. C’est pourquoi nous soutenons des zones industrielles marocaines dans leur transition en parcs éco-industriels.

4- Quels sont les chantiers post-covid que l’IFC a entrepris et compte lancer au Maroc à court et moyen terme ?

Le Maroc a mis en place un ambitieux plan de relance post-Covid-19 qui prévoit la mobilisation de ressources financières importantes (plus de 120 milliards de dirhams, 11% du PIB) pour soutenir la reprise mais aussi des réformes structurelles pour renforcer, à plus long terme, la résilience et la durabilité de l’économie marocaine. IFC soutient cette approche et nous avons adapté notre stratégie pour accompagner au mieux ce plan de relance.

Nous souhaitons appuyer la réforme des entreprises publiques pour les aider à améliorer leur gouvernance, leur modèle économique et leur développement à l’international, notamment en Afrique. Avec la Banque mondiale, nous allons soutenir le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, une initiative de grande importance pour la relance qui conjugue financements publics et privés. Pour mobiliser davantage le secteur privé dans la reprise, IFC prévoit aussi d’appuyer la mise en œuvre de partenariats public-privé (PPP) à grand impact, notamment dans le domaine social.

Enfin, nous allons continuer de soutenir le processus de régionalisation avancée. L’an passé, nous avons accordé aux régions de Casablanca-Settat et Fès-Meknès les tout premiers prêts commerciaux sans garantie souveraine pour des collectivités territoriales au Maroc. Un signe que les collectivités territoriales marocaines sont devenues des acteurs forts et solides, capables de mobiliser l’investissement privé pour le financement d’infrastructures locales essentielles, notamment dans les zones enclavées.

5- L’IFC est l’organisation du Groupe de la Banque Mondiale consacrée au secteur privé. Au Maroc, comment, d’après vous, le secteur privé pourrait-il contribuer de manière efficace à la relance de l’économie ?

Le Maroc est un exemple de bonne gestion de la crise sanitaire en Afrique et dans le monde. Mais comme ailleurs, l’impact économique et social de la pandémie est sévère.

Le Royaume a connu l’an passé sa première récession depuis 1995 et de nombreux défis, notamment celui du chômage des jeunes, ont été exacerbés par la crise. Il est donc essentiel de libérer le potentiel du secteur privé, seul capable de stimuler la création d’emplois dont les Marocains et les Marocaines ont tant besoin.

Les opportunités d’investissement sont immenses, que ce soit dans l’économie verte, dans les secteurs industriel et numérique ou dans l’innovation, et le gouvernement marocain a montré sa détermination à faire de l’investissement privé un pilier de la relance. Tout ceci est extrêmement prometteur.

Mais sur le long terme, créer un secteur privé fort, dynamique et créateur d’emplois va également nécessiter d’autres mesures audacieuses visant à améliorer le climat des affaires, notamment la concurrence, à permettre une plus grande participation du secteur privé dans les projets d’infrastructures, et à promouvoir une plus forte culture entrepreneuriale.

Source: Mapexpress.ma

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