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Adidas lance une nouvelle chaussure en cuir de champignon !

Le champignon n’a jamais été aussi à la mode. Qu’il s’agisse d’un sérum infusé au reishi pour calmer la peau sèche, de quelques gouttes de crinière de lion sous la langue pour renforcer le système immunitaire ou d’un café de chaga pour atténuer la fatigue, le champignon pousse partout ! Selon Grand View Research, le marché des champignons devrait dépasser les 50 milliards de dollars d’ici 2025. Le public se tourne davantage vers la nature pour trouver des solutions aux maux actuels. Alors que certains ingèrent des champignons pour leurs bienfaits naturels, d’autres portent des vêtements et des accessoires en champignon pour préserver la planète.

Adidas vient de lancer sa toute nouvelle paire de baskets, la Stan Smith Mylo, la première chaussure de ce type à être fabriquée à base de cuir de champignon. Fidèle à son éthique de développement durable, Adidas a choisi sa chaussure la plus célèbre pour déclarer son attachement à la cause environnementale.

La Stan Smith Mylo a été conçue à partir d’un matériau à base de champignon développé par Bolt Threads, une start-up californienne engagée dans le développement de matériaux naturels pour le marché de la mode et l’industrie textile. Ce nouveau cuir, appelé Mylo, provient du mycélium (racines souterraines des champignons) et ressemble remarquablement au cuir animal, en plus d’être souple et respirant.

L’on doit en grande partie le succès de l’utilisation du cuir de champignon au consortium Mylo, un partenariat établi en octobre 2020 entre Bolt Threads et AdidasStella McCartneyLululemon et Kering (le groupe de luxe français derrière Yves Saint Laurent et Gucci). « Réunir quatre partenaires et leur dire : “Rejoignez-nous pour œuvre en faveur du développement durable”, cela a été une expérience très inhabituelle. […] Ce qui est génial, c’est que si j’ai besoin de comprendre l’utilisation de ce matériau dans la fabrication de chaussures, j’ai un partenaire qui fabrique des chaussures que je peux appeler pour discuter des spécificités du matériau en question », déclare à Forbes Jamie Bainbridge, vice-président du développement des produits chez Bolt Threads.

En pouvant joindre facilement les marques, Bolt Threads a ainsi pu développer la nouvelle Stan Smith spécifiquement pour les besoins de la clientèle d’Adidas. « Les besoins d’un sac à main sont très différents de ceux d’une chaussure. Nous sommes censés faire 10 000 pas par jour, ce qui signifie que chaque chaussure a été fléchie 10 000 fois en une journée », explique Jamie Bainbridge.

Ce processus collaboratif permet à Mylo de transformer la science en mode, comme ce fut le cas avec Stella McCartney en 2017. Le consortium et la marque ont ainsi développé le sac Falabella à base de champignon, présenté en exclusivité mondiale un an plus tard à l’exposition V&A Fashioned from Nature à Londres. Le mois dernier, Stella McCartney a sorti le premier vêtement au monde fabriqué à partir de Mylo : un top noir et un pantalon utilitaire. La maison de haute couture, connue pour son approche respectueuse de l’environnement, ouvre la voie à d’autres marques de mode. Hermès a récemment lancé un sac fabriqué à partir du mycélium du reishi, tandis qu’Allbirds a annoncé son intention de développer une nouvelle chaussure en utilisant un cuir dérivé de la sève de l’hévéa.

Selon Jamie Bainbridge, bien qu’il y ait eu un « engouement autour de l’utilisation de cuirs alternatifs », jusqu’à récemment, l’usage de cuirs à base de plantes était essentiellement limité au monde de la mode haut de gamme. Quel est le principal obstacle à la généralisation d’un matériau à base de champignon ? Pour Jamie Bainbridge, la réponse est simple : la mise à l’échelle du produit. « Chaque fois que vous passez à l’échelle supérieur, vous devez procéder à d’importants changements d’équipements, ce qui modifie les proportions du mélange et change tout ce qui concerne la dynamique du matériau. »

Avoir des partenaires engagés à bord semble être un ingrédient clé pour diffuser plus largement le cuir de champignon. « Nous disposons maintenant d’une installation pour la production, nous arrivons au point où nous aurons très bientôt une production à grande échelle », déclare Jamie Bainbridge. Le vice-président de Bolt Threads est optimiste quant au fait que le lancement de la Stan Smith Mylo par Adidas marque le début de cette expansion : « Ce produit que nous dévoilons au public va préparer le terrain pour le transformer en produit commercial. Adidas est très clair sur le fait qu’ils ne montreront pas un produit qu’ils ne souhaitent pas fabriquer dans un avenir proche ».

Pour autant, même si les grands distributeurs parviennent à créer des tissus à base de champignon, les consommateurs les achèteront-ils ? « J’ai passé toute ma carrière à développer des matériaux et je n’ai jamais vu un matériau susciter autant d’attrait, je n’ai jamais rien vu de tel », affirme Jamie Bainbridge. Dans une industrie de la mode de plus en plus soucieuse de son empreinte écologique, il n’est pas surprenant que le cuir de champignon suscite l’intérêt. Par rapport aux cuirs d’origine animale, qui consomment d’importantes quantités de ressources naturelles au cours de l’année nécessaire à leur production, Mylo est produit en deux semaines. Par ailleurs, il existe déjà de nombreuses alternatives au cuir animal, mais la plupart sont en plastique. Or, les textiles à base de mycélium font appel à des méthodes de culture régénératrice et contiennent moins de produits pétrochimiques que leurs homologues synthétiques.

« La planète ne peut pas continuer à fonctionner comme elle l’a fait jusqu’alors », explique Jamie Bainbridge. « On le voit dans tous les sujets liés à la durabilité, qu’il s’agisse du changement climatique ou de l’empreinte carbone. Les consommateurs comprennent de plus en plus qu’ils doivent changer leurs habitudes. » Il n’y a donc pas meilleur moment pour l’essor du cuir de champignon étant donné que les consommateurs sont actuellement plus conscients de leur impact. « Le monde a compris, au cours de cette année d’enfermement, que nous ne pouvons peut-être pas continuer comme si de rien n’était », affirme Jamie Bainbridge.

Les champignons ne suscitent pas uniquement l’intérêt en tant que matériau. Ils apparaissent également dans des créations : de boucles d’oreilles Chanel en forme de champignon au sac en cuir gravé de champignons de Bella Hadid, le champignon est devenu le motif de prédilection. « Les champignons ont le vent en poupe, ils font l’objet d’une culture populaire », déclare le vice-président de Bolt Threads.

Après une année passée en grande partie enfermé, il est logique que le public se rue vers ce symbole de la nature. « Nous traversons une crise climatique profonde et nous sommes très éloignés de notre relation avec la nature », explique Francesca Gavin, commissaire de l’exposition Mushrooms : The Art, Design and Future of Fungi, qui s’est déroulée l’année dernière à Somerset House à Londres. À la question de savoir si cette tendance s’inscrit dans une « romantisation » de la nature, Jamie Bainbridge acquiesce : « C’est stupéfiant de voir ce qui est arrivé à la façon dont la population pense à l’extérieur, c’est une toute nouvelle prise de conscience pour beaucoup de monde ».s

Se sentant impuissant face à la pandémie, il n’est pas surprenant que le public se tourne vers l’un des organismes les plus résilients et autonomes de la nature, un organisme qui symbolise l’immortalité. « Sans les champignons, tous les écosystèmes mourraient », précise Francesca Gavin. « Les champignons offrent un bel exemple de l’importance fascinante de la nature pour l’épanouissement de la vie humaine. »

Toutefois, peut-être que la frénésie autour du champignon va au-delà de la simple (re)connexion avec la nature et représente un désir plus large de trouver un réconfort dans notre humanité partagée. « Qu’il s’agisse d’essayer de survivre ensemble à la pandémie ou d’appréhender la nature sous un nouvel angle, je pense que nous sommes tous un peu plus connectés de nos jours », déclare Jamie Bainbridge. Francesca Gavin approuve cette déclaration : « Les champignons constituent une métaphore contemporaine des nouvelles façons de penser et de vivre de manière plus positive avec la nature, ils montrent que vivre en symbiose avec le monde qui nous entoure est la seule voie de survie ».

Pour les créateurs de mode et les producteurs de textiles durables, cette connexion signifie qu’il faut accepter la présence de la concurrence. À l’instar de Bolt Threads, Ecovative et Myco Works produisent également des cuirs à base de mycélium. Jamie Bainbridge considère que les fabricants de matériaux à base de champignon sont tous unis dans la poursuite d’une planète plus verte : « Nous sommes heureux de voir d’autres personnes intervenir dans ce secteur, il y a de la place pour tout le monde, cela nous rend tous plus forts ».

Source: Forbes 

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