Agriculture bio ... Eldorado ou mirage?Dossiers

Pourquoi le bio coûte plus cher ?

Les produits dits bio sont jusqu’à 40% plus chers que leurs équivalents conventionnels. Deux facteurs expliquent ce fait : la faiblesse de l’offre et le coût élevé des intrants. Mais, pour le consommateur, l’arnaque est double s’il paye au prix fort un produit bio qui ne l’est pas réellement !

Les avis sont unanimes. Les Marocains montrent de plus en plus d’intérêt aujourd’hui pour les produits dits bio. Au moins 5% en consomment. Si beaucoup hésitent encore à faire le pas, c’est pour plusieurs raisons comme l’explique Khalid Azim. D’abord, l’offre du bio est très réduite au Maroc. «Difficile de trouver le panier complet de produits issus de l’agriculture biologique », note l’expert. En effet, à peine 0,01% de la surface agricole utile est destinée au bio aujourd’hui. D’après, Reda Tahiri, le pays compte actuellement près de 12.000 hectares de cultures bio toutes cultures confondues, un chiffre qui «reste très en deçà du potentiel d’un pays agricole comme le Maroc. En Tunisie, par exemple, le chiffre dépasse les 300.000 hectares et en Espagne on parle de 12,5 millions Ha ». Côté production, on ne dépasse pas les 130.000 tonnes. Si l’offre est autant réduite c’est parce que rares sont les agriculteurs qui s’y mettent. «Pour un agriculteur, passer au bio n’est pas facile», estime Tahiri. Il y a d’abord des raisons de coûts et de rentabilité. «Sans engrais pour booster la récolte, ni pesticides pour la protéger, le rendement est beaucoup moins que dans une exploitation classique. Ensuite pour un petit agriculteur, les frais fixes sont très élevés et le coût de la certification bio n’est pas accessible », explique Tahiri. Des subventions à la certification sont accordées aujourd’hui par le ministère de l’agriculture, mais, selon Tahiri, l’attribution n’est pas encore fluide et les professionnels ont du mal à y accéder.
Sur le volet produits transformés, Slim Kabbaj, président de FAMIBio, fédération qui regroupe les transformateurs, les exportateurs et les distributeurs du bio, déclare que le marché national n’a pas encore vu une mobilisation significative des transformateurs et des agro-industriels, pour les produits bio valorisés, d’épicerie sèche. «Ces dernières années, certains professionnels ont commencé à s’intéresser à la transformation, pour aller chercher de la valeur ajoutée. Néanmoins, les difficultés sont nombreuses, équipements nécessaires, unités professionnelles coûteuses, besoin de volumes importants pour le retour sur investissement, problème de main d’œuvre non qualifiée », détaille t-il, ajoutant aussi que la sa fédération travaille sur ces questions et devrait mettre en place des projets en collaboration avec le ministère de l’Agriculture à travers le plan « Génération Green » et le celui du Commerce et de l’Industrie avec la politique « Made in Morocco ». « La filière Bio a sans aucun doute des cartes à jouer sur le marché national et pour l’export. Mais cela ne pourra se faire que si tous les acteurs travaillent en synergie et avec des stratégies coordonnées. Ce sont les conditions nécessaires pour répondre à l’engouement grandissant des marocains de manière durable », assure Kabbaj.
Trop cher et fier de l’être !
Le deuxième frein à la consommation et sans doute le plus important est la cherté des produits bio, jugée excessive comparée à l’équivalent en conventionnel. D’après Azim, un produit bio coûte jusqu’à 40% plus cher qu’un produit conventionnel ! Cela est lié à de multiples facteurs. «Moins de rendement, marchandise pas totalement vendue, coûts élevés de production…l’agriculteur se trouve obligé d’augmenter ses prix de vente pour compenser le manque à gagner », déplore l’expert. De son côté, Tahiri attribue cette différence de prix aux coûts des intrants et à la rareté de la semence.

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