Les autorités marocaines ont saisi plus de quatre millions de comprimés psychotropes au cours des trois dernières années, principalement introduits en contrebande depuis des pays voisins. Ces chiffres ont été communiqués lundi à Casablanca par le préfet de police Taoufik Sayerh, chef de l’Institut des sciences forensiques de la sûreté nationale, lors de l’ouverture du 5ᵉ Symposium international des directeurs des laboratoires d’analyse médico-légale des drogues.
S’exprimant au nom de la Direction générale de la sûreté nationale, M. Sayerh a rappelé que la consommation de drogues et la toxicomanie constituent un problème majeur de santé publique au Maroc, faisant de la lutte contre le trafic de stupéfiants une priorité nationale. Il a précisé que pour la seule année 2025, plus de 1,6 million de comprimés psychotropes ont été saisis, soit une hausse de 10 % par rapport à 2024, illustrant l’ampleur et la persistance de ce phénomène.
Selon le responsable sécuritaire, le trafic de drogues de synthèse connaît une mutation profonde, marquée par l’apparition de nouvelles substances psychoactives, la sophistication des réseaux de production, la complexité des routes de transit et le rajeunissement des consommateurs, dans un contexte de banalisation croissante de l’usage. Ce phénomène constitue aujourd’hui l’un des principaux fléaux menaçant la santé publique, avec des répercussions directes sur l’économie, la sécurité et l’ordre public, et, plus largement, sur les perspectives de développement.
Face à cette situation, le Maroc poursuit une stratégie multidimensionnelle reposant à la fois sur la répression, la coopération internationale et une approche de santé publique. Cette stratégie globale et intégrée, régulièrement alignée sur les résolutions adoptées par les instances des Nations unies, vise la réduction de l’offre, la prévention de l’abus et de la consommation de drogues, la lutte contre le trafic illicite et le renforcement des mécanismes de coopération internationale.
Dans ce cadre, le Royaume a intégré, en tant que membre actif, la Coalition mondiale contre les menaces liées aux drogues de synthèse, lancée en 2023 sous l’égide des États-Unis, afin de coordonner les réponses face à l’émergence de nouveaux produits de synthèse. Les autorités ont également renforcé le contrôle des flux de passagers et de marchandises, notamment au niveau des ports et des aéroports, pour endiguer la contrebande de comprimés psychotropes, ce qui a permis l’enregistrement de saisies record en 2025 à l’issue d’opérations ciblées menées par la DGSN.
Le préfet de police a par ailleurs souligné l’importance centrale de l’analyse et de l’identification des drogues au sein de laboratoires spécialisés, considérées comme la pierre angulaire de la réponse forensique face aux drogues de synthèse. C’est dans ces structures que sont établies les preuves, identifiées les tendances émergentes et fondées les politiques publiques en matière de santé et de sécurité. À cet effet, la DGSN a procédé, en 2022, à la mise à niveau de son laboratoire national de police scientifique, conformément aux standards internationaux, en le dotant d’infrastructures modernes et de moyens analytiques de pointe.
Certifié selon la norme ISO 17025 par l’organisme américain ANAB, ce laboratoire joue aujourd’hui un rôle clé dans l’analyse des drogues saisies par les forces de l’ordre et fournit des données essentielles aux enquêteurs et à la justice.
Les travaux du 5ᵉ Symposium international des directeurs des laboratoires d’analyse médico-légale des drogues se sont ouverts lundi à Casablanca, avec la participation de 80 experts internationaux. Coorganisé par la Direction générale de la sûreté nationale et le Plan Colombo pour le développement économique et social, cet événement, qui se poursuit jusqu’au 23 janvier, vise à favoriser l’échange de bonnes pratiques et à renforcer la coopération sécuritaire dans un contexte marqué par l’aggravation de la menace posée par les drogues synthétiques. Des experts issus de plus de 40 pays y examinent les dernières tendances mondiales en matière de drogues illicites, avec un accent particulier sur les nouveaux psychotropes et leurs risques croissants.
Avec MAP

