Le chantier de la généralisation de la protection sociale franchit une nouvelle étape avec l’ouverture, à El Jadida, de la première représentation territoriale de l’Agence nationale de soutien social (ANSS). Présentée comme un tournant stratégique, cette implantation marque le passage d’un dispositif centré sur le transfert financier à une approche ancrée dans la gestion sociale de terrain.
Réuni à Rabat sous la présidence du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, le Conseil d’administration de l’ANSS a validé le plan d’action 2026 tout en dressant le bilan de l’exercice 2025. Mais au-delà des chiffres, c’est l’évolution du modèle d’intervention qui retient l’attention.
La nouvelle structure d’El Jadida se veut plus qu’un simple guichet administratif. Elle incarne la volonté de rapprocher l’action sociale des citoyens et de transformer l’aide directe en levier de développement territorial intégré. L’objectif affiché est d’améliorer l’efficacité des politiques publiques en mesurant leur impact concret sur les conditions de vie des ménages bénéficiaires.
Dans cette logique, la représentation territoriale aura pour missions d’informer les citoyens sur les dispositifs d’aides sociales directes, d’expliciter les critères d’éligibilité, d’accompagner les usagers dans le traitement des réclamations et d’assurer le suivi des dossiers. Cette action s’effectuera en coordination avec les autorités locales et les services déconcentrés de l’État.
L’ambition est claire : réduire les disparités spatiales dans l’accès aux services sociaux, notamment dans les zones vulnérables ou isolées. La démarche répond aux recommandations récurrentes des instances de contrôle, en particulier la Cour des comptes, qui avait souligné la nécessité de renforcer l’équité territoriale et de dépasser une approche trop centralisée.
Dans son dernier rapport sur la gouvernance du système de ciblage social, la juridiction financière insistait sur l’importance de rapprocher physiquement les services des citoyens, en particulier dans les territoires confrontés à une fracture numérique. Elle appelait à instaurer un modèle d’administration sociale présent sur le terrain, capable d’accompagner directement les familles, d’affiner le ciblage et de prévenir les risques d’exclusion liés à des contraintes géographiques ou technologiques.
La représentation d’El Jadida s’inscrit dans cette orientation. Elle doit également contribuer à la mise en place d’un système d’aides intégrées, fondé sur un suivi continu de l’évolution de la situation des bénéficiaires. L’enjeu est de créer un pont entre les transferts monétaires et de véritables parcours d’intégration sociale et économique.
En ce sens, l’initiative dépasse la simple extension administrative. Elle constitue un test grandeur nature pour une nouvelle génération de politiques sociales, où la performance ne se mesure plus uniquement au volume des allocations distribuées, mais à l’impact réel sur la réduction des inégalités et l’amélioration durable des conditions de vie.

