SIAM : qui sont les “chennaqa” et pourquoi ils font flamber les prix du bétail au Maroc

Au cœur des débats du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), un mot revient avec insistance : les “chennaqa”. Derrière ce terme, des intermédiaires devenus incontournables dans le circuit de commercialisation du bétail… et de plus en plus contestés.
Dans le fonctionnement actuel du marché, ces acteurs jouent un rôle d’intermédiation entre éleveurs et consommateurs. Concrètement, ils achètent le bétail directement auprès des producteurs, puis le revendent plusieurs fois avant son arrivée sur le marché final. Selon les professionnels du secteur, un animal peut ainsi changer de mains trois à quatre fois, chaque transaction ajoutant une marge supplémentaire.
Ce mécanisme alimente une hausse des prix jugée déconnectée des coûts réels de production. Les éleveurs, souvent fragilisés par la sécheresse et la hausse des intrants, vendent leurs animaux à des prix relativement bas, tandis que le consommateur final paie nettement plus cher. Dans certains cas, un mouton acheté autour de 3.000 dirhams à l’éleveur peut être revendu jusqu’à 5.000 dirhams sur le marché.
Cette situation s’inscrit dans un contexte structurel déjà tendu. Le secteur de l’élevage repose largement sur de petits et moyens exploitants, très dépendants des conditions climatiques et du coût de l’alimentation animale, qui représente jusqu’à 70% des charges. La succession d’années de sécheresse a par ailleurs réduit significativement le cheptel national, accentuant les déséquilibres entre offre et demande.
Face à cette configuration, de nombreux professionnels appellent à une réorganisation du marché. L’une des pistes avancées consiste à limiter le rôle des intermédiaires en favorisant des circuits plus directs entre producteurs et acheteurs. La mise en place d’un marché de référence, capable de fixer des prix transparents, est également évoquée pour encadrer les transactions et réduire la spéculation.
D’autres mesures sont envisagées, comme l’identification des intermédiaires ou encore le recours à des systèmes de traçabilité du bétail, permettant de suivre chaque animal depuis l’éleveur jusqu’au consommateur. L’objectif est double : protéger les revenus des producteurs et préserver le pouvoir d’achat des ménages.
Au-delà du cas des “chennaqa”, le débat met en lumière une problématique plus large : celle de l’organisation des marchés agricoles au Maroc. En l’absence de mécanismes structurés et transparents, les marges intermédiaires tendent à s’accumuler, au détriment de l’équilibre global du secteur.
Avec SNRT.news
