Jeunesse en marge : plus d’un tiers des 15-29 ans hors emploi, études ou formation

Au Maroc, la situation des jeunes dits « NEET » — ni en emploi, ni en études, ni en formation — s’installe dans la durée et révèle un déséquilibre profond. Selon les données relayées, 33,6% des 15-29 ans sont concernés, soit près de 2,94 millions de jeunes. Un niveau qui place le pays parmi les plus touchés au monde.
Derrière cet indicateur se dessinent des trajectoires marquées par la rupture. Sorties précoces du système scolaire, difficultés d’accès au premier emploi ou décrochage progressif du marché du travail traduisent une exclusion qui dépasse le simple cadre du chômage. Le phénomène, loin d’être conjoncturel, persiste depuis plusieurs années, avec peu d’évolution depuis 2017.
La situation s’accentue avec l’âge. Chez les 15-24 ans, un quart des jeunes est concerné, mais ce taux atteint plus de 50% pour les 25-29 ans. Cette progression souligne l’absence de passerelles efficaces entre formation et insertion professionnelle. À mesure que le temps passe, l’éloignement du marché du travail se renforce, et les compétences risquent de se déprécier.
Les écarts entre hommes et femmes restent particulièrement marqués. Près d’une jeune femme sur deux se trouve en situation de NEET, contre moins d’un homme sur cinq. Cette disparité s’explique en grande partie par des facteurs sociaux, notamment le retrait du marché du travail lié aux responsabilités familiales.
Les différences territoriales, bien que moins prononcées, reflètent également des inégalités d’accès aux opportunités. Le taux atteint 35,4% en milieu rural contre 32,6% en zone urbaine, avec des écarts plus importants encore selon les régions.
Comparé aux standards internationaux, le niveau marocain apparaît élevé. Il dépasse la moyenne mondiale estimée à 23% ainsi que celle de la région MENA, autour de 29%, et reste très éloigné des pays de l’OCDE où le taux avoisine 12%.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est structurel. Cette part importante de jeunes en dehors des circuits de formation et d’emploi représente un capital humain sous-exploité. Sans mécanismes d’intégration plus efficaces, ce déséquilibre risque de peser durablement sur la dynamique économique et sociale du pays.
Avec L’Economiste

