
Un signal d’alarme est lancé par le Conseil régional des pharmaciens du Sud, qui fait état d’un système structuré de collecte et d’exploitation illicite de données issues des officines. Selon les éléments rapportés par le quotidien L’Economiste, près de 5.000 pharmaciens seraient concernés, souvent sans en avoir connaissance, tandis que des informations sensibles liées aux patients se retrouvent potentiellement exposées.
Les investigations menées mettent en évidence des pratiques opérées par certaines plateformes numériques, reposant sur la captation et l’agrégation de données provenant des logiciels de gestion utilisés en pharmacie. Ces informations, portant notamment sur les ventes et les habitudes de consommation, seraient ensuite transformées en analyses commercialisées à des acteurs tiers.
La rapidité des traitements observés suggère, selon le Conseil, un usage dépassant le cadre strict de l’exploitation interne des officines, au profit d’une logique organisée de valorisation externe des données. Une évolution jugée d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte de digitalisation croissante du secteur de la santé, marqué notamment par les projets d’ordonnance électronique pilotés par la CNSS.
Sur le plan juridique, ces pratiques soulèvent des interrogations majeures au regard de la Loi 09-08, qui encadre strictement le traitement des données à caractère personnel. Le texte impose des exigences en matière de consentement, de finalité et de confidentialité, dont toute violation est susceptible d’entraîner des sanctions. Les dispositions de la Loi 53-05 viennent également renforcer les obligations liées à l’usage des plateformes numériques.
Le Conseil appelle les pharmaciens à la vigilance, les invitant à examiner attentivement leurs relations contractuelles avec les prestataires technologiques, à exiger des clarifications sur l’utilisation des données et à identifier les éventuels destinataires tiers. Il se réserve par ailleurs la possibilité d’engager des actions judiciaires afin de préserver les intérêts de la profession et de garantir la protection des données de santé.
Selon les éléments recueillis, le dispositif reposerait sur des logiciels fournis par des sociétés spécialisées, capables de capter des informations détaillées, allant jusqu’à identifier les produits vendus, les volumes écoulés et les localisations des officines. Dans certains cas, ces données seraient hébergées à l’étranger, compliquant leur contrôle par les pharmaciens eux-mêmes.
En toile de fond, c’est toute la question de la souveraineté et de la sécurité des données de santé qui est posée, alors même que ces informations pourraient être revendues à des acteurs du secteur pharmaceutique à des fins d’analyse commerciale ou de suivi de performance. Une dérive que le Conseil juge incompatible avec les exigences éthiques et réglementaires encadrant la profession.
Avec L’Economiste

