Viandes rouges : une flambée des prix qui pèse lourdement sur le pouvoir d’achat

À peine l’Aïd Al-Adha terminé, les consommateurs marocains sont confrontés à une nouvelle poussée des prix des viandes rouges. Dans plusieurs villes du Royaume, notamment à Rabat, le kilogramme d’agneau atteint désormais jusqu’à 170 dirhams chez certains détaillants, contre environ 150 dirhams au niveau du commerce de gros. Un niveau inédit qui ravive les inquiétudes des ménages et relance le débat sur les mécanismes de régulation du marché.
Selon les professionnels de la filière, cette hausse s’explique avant tout par une baisse durable de l’offre. Plusieurs années de sécheresse ont fortement affecté le cheptel national, réduisant les capacités de production des éleveurs. À cela s’ajoutent la hausse du coût des aliments pour bétail, l’augmentation des frais de transport et les besoins de reconstitution du cheptel après l’Aïd, autant de facteurs qui limitent temporairement la disponibilité des animaux destinés à l’abattage.
Du côté des consommateurs, l’analyse est différente. Beaucoup dénoncent l’importance des intermédiaires tout au long de la chaîne de distribution ainsi que des pratiques spéculatives qui contribueraient à amplifier la hausse des prix. Selon eux, l’écart entre les coûts supportés par les éleveurs et les prix pratiqués dans certaines boucheries ne peut s’expliquer uniquement par les contraintes de production.
Cette situation remet également sur le devant de la scène la question de l’efficacité des politiques publiques de soutien à l’élevage. Malgré les différents programmes d’accompagnement mis en place ces dernières années, les prix restent élevés et continuent de peser sur le budget des ménages, déjà affecté par l’augmentation du coût de nombreux produits alimentaires.
Pour le consommateur, les conséquences sont directes. Les viandes rouges deviennent progressivement un produit de plus en plus difficilement accessible pour les familles aux revenus modestes et une partie des classes moyennes. Cette évolution modifie les habitudes de consommation, pousse certains ménages à réduire leurs achats ou à se tourner vers des protéines alternatives, notamment la volaille.
Face à cette situation, plusieurs voix appellent à un renforcement des contrôles sur les circuits de commercialisation, à une lutte plus efficace contre les comportements spéculatifs et à une meilleure transparence dans la formation des prix. Sur les réseaux sociaux, certains consommateurs évoquent même l’idée d’un boycott temporaire afin de faire pression sur le marché.
Au-delà de la seule question agricole, la flambée des viandes rouges illustre les défis auxquels est confrontée la sécurité alimentaire du pays dans un contexte de changement climatique, de pression sur les ressources naturelles et de sensibilité croissante du pouvoir d’achat aux variations des prix alimentaires.
Avec Al Akhbar
