Pour les économies africaines importatrices, la crise du diesel ne se limite pas au prix affiché à la pompe. Elle renchérit le transport, l’agriculture, l’industrie et, par ricochet, le coût des marchandises. Or l’Agence internationale de l’énergie prévient que les tensions pourraient se prolonger bien au-delà de 2026.
Selon les données de l’AIE, les marchés mondiaux du gazole et du diesel devraient rester tendus jusqu’en 2027. Les perturbations prolongées des exportations du Moyen-Orient et de Russie ont provoqué des prélèvements inhabituels sur les stocks à l’approche de la période de forte demande hivernale.
1,3 million de barils par jour retirés du marché
En septembre 2026, les pertes combinées d’exportations de diesel du Moyen-Orient et de Russie ont atteint 1,3 million de barils par jour. Elles représentent environ 4,5% de la demande mondiale prévue pour l’année.
Les exportations mondiales de gazole ont reculé de près de 700.000 barils par jour sur un an en septembre. Les volumes supplémentaires provenant notamment des États-Unis et de la Chine n’ont pas suffi à compenser les pertes enregistrées chez les fournisseurs touchés.
Des prix records transmis à l’économie
Les prix de gros ont dépassé 200 dollars le baril à Singapour à la mi-septembre et atteint environ 220 dollars en Europe et aux États-Unis. Même après leur repli par rapport à ces sommets, ils restent proches du double du prix du brut et de leurs niveaux d’avant-crise.
Cette différence rappelle une réalité importante pour les pays importateurs: la disponibilité du pétrole brut ne garantit pas celle des produits raffinés. Les capacités de raffinage, les flux de produits finis et le coût du transport déterminent directement le prix du diesel livré.
L’Afrique parmi les marchés les plus exposés
L’AIE estime que les coûts d’acheminement élevés pourraient de nouveau pousser les prix du diesel livré vers le haut dans les principales régions importatrices, notamment l’Europe, l’Afrique et l’Amérique latine. Pour de nombreux pays africains dépendants des achats extérieurs, le choc se transmet aux budgets publics, aux entreprises et aux ménages.
La reprise attendue de l’activité des raffineries devrait ramener le marché mondial en excédent au premier trimestre 2027. Elle ne suffirait toutefois pas à effacer le déficit accumulé en 2026. La reconstitution durable des stocks ne serait ainsi pas attendue avant le second semestre 2027.
Les réserves d’urgence comme dernier amortisseur
Les pays membres de l’AIE avaient promis de libérer 426 millions de barils de brut et de produits pétroliers. À fin septembre, 331 millions de barils avaient été mis sur le marché. Le G7 a depuis demandé d’accélérer les livraisons, en donnant la priorité au diesel.
Cette mobilisation peut atténuer la tension immédiate. Elle ne remplace cependant pas le retour des exportations du Moyen-Orient et de Russie, dont dépend encore l’équilibre prévu pour 2027.
