L’inflation moyenne s’est limitée à 0,3 % au Maroc durant les huit premiers mois de 2026. Ce chiffre contraste avec le sentiment de cherté exprimé par de nombreux ménages, notamment lorsqu’ils achètent des produits alimentaires ou règlent leurs dépenses de transport.
Dans une analyse publiée par Le360 sous la signature de Lahcen Oudoud, l’économiste Khalid Doumou explique que cette différence tient à la distinction entre le rythme de hausse des prix et le niveau auquel ceux-ci sont déjà parvenus. Une inflation faible signifie que les prix augmentent moins rapidement ; elle ne signifie pas qu’ils reviennent à leur niveau antérieur.
Le niveau général des prix a augmenté d’environ 21 % depuis 2017
L’indice des prix à la consommation du Haut-Commissariat au Plan repose sur un panier comprenant 546 articles et 1.391 variétés de biens et services, avec une base 100 fixée en 2017.
En 2026, l’indice général se situe autour de 121. Le coût de la vie mesuré par cet indicateur a donc progressé d’environ 21 % en cumul depuis 2017, même si l’inflation calculée sur une période récente reste faible.
Bank Al-Maghrib prévoit une inflation de 0,7 % sur l’ensemble de 2026, puis de 1,5 % en 2027. Ces projections décrivent l’évolution attendue à partir du niveau actuel des prix, sans effacer les augmentations déjà accumulées au cours des années précédentes.
L’alimentation pèse davantage dans le budget des ménages
L’écart entre les statistiques globales et l’expérience quotidienne s’explique aussi par la structure des dépenses. L’alimentation représente 38,2 % du panier moyen des ménages marocains. Toute hausse dans cette catégorie se ressent donc fortement dans les budgets.
L’indice des produits alimentaires avait dépassé 132 au début de 2025, soit une progression cumulée de plus de 32 % en moins de quatre ans. L’indice du transport se situait, pour sa part, autour de 125.
La viande bovine illustre cette évolution. Son prix, situé entre 65 et 75 dirhams le kilogramme en 2021, atteint environ 120 dirhams en 2026 et peut aller jusqu’à 200 dirhams dans certaines boucheries haut de gamme.
Un ralentissement de l’inflation ne restaure pas le pouvoir d’achat perdu
Le ralentissement actuel stabilise progressivement le rythme des augmentations, mais il ne compense pas la hausse cumulée des années précédentes. Pour un ménage dont les revenus n’ont pas évolué au même rythme que les dépenses essentielles, le niveau des prix reste donc difficile à supporter.
La moyenne nationale masque également des situations différentes selon la composition de chaque budget. Les foyers consacrant une part élevée de leurs revenus à l’alimentation et au transport subissent plus directement les augmentations enregistrées dans ces postes.
La pression pourrait réapparaître en 2027
Les projections de Bank Al-Maghrib font passer l’inflation sous-jacente de -0,2 % en 2026 à 2,2 % en 2027. Khalid Doumou évoque aussi un risque de tension si les investissements et les grands projets stimulent la demande plus rapidement que les capacités de production nationales.
La lecture du seul taux annuel d’inflation ne suffit donc pas à mesurer la contrainte supportée par les ménages. Le niveau cumulé des prix, la place des dépenses essentielles dans le budget et l’évolution des revenus sont indispensables pour comprendre la cherté ressentie.
