Aliments avec mention « sans », le grand bluff?

Le mot « sans » est devenu un argument de vente puissant, mais il ne signifie pas nécessairement que la recette est débarrassée des additifs problématiques. Une enquête menée par Yuka et Que Choisir sur vingt produits alimentaires de grandes marques met en évidence une pratique qualifiée d’« additive washing ».

Sur les vingt références examinées, dix-neuf affichant des mentions telles que « sans conservateur » ou « sans colorant » contiennent au moins un autre additif classé à risque élevé par les auteurs de l’étude. La promesse mise en avant sur la face avant de l’emballage peut donc orienter la perception du consommateur sans rendre compte de la composition complète du produit.

L’absence d’un additif ne résume pas la recette

La méthode consiste à valoriser la suppression d’une famille d’additifs, alors que la liste figurant au dos du produit en comporte d’autres. Il peut s’agir d’antioxydants, d’agents de texture ou d’autres substances utilisées pour la conservation, l’apparence ou la consistance.

Les fabricants interrogés rappellent que la composition complète figure sur l’étiquette. Cet argument répond à l’obligation d’information, mais pas nécessairement au déséquilibre créé par la présentation : la mention valorisante est immédiatement visible, tandis que l’analyse de la liste des ingrédients demande davantage de temps et de connaissances.

Une pratique autorisée, mais contestée

Les mentions « sans conservateur » ou « sans colorant » ne sont pas encadrées par un texte spécifique. Elles restent soumises au principe général de loyauté de l’information donnée au consommateur. C’est précisément sur cette frontière que repose le débat : une allégation peut être factuellement exacte tout en donnant une image incomplète du produit.

Pour l’acheteur, le bon réflexe consiste donc à ne pas s’arrêter à la formule imprimée en gros caractères. La liste des ingrédients reste la source la plus complète pour vérifier la présence d’autres additifs. L’enquête rappelle surtout qu’une amélioration ciblée de recette ne transforme pas automatiquement un produit ultra-transformé en produit simple.

Cette controverse dépasse les vingt références étudiées. Elle pose une question centrale pour l’information alimentaire : une marque doit-elle seulement prouver que sa promesse est exacte, ou également éviter que sa présentation conduise le consommateur à une conclusion plus large que la réalité de la composition ?

Source : 20 Minutes

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