La pauvreté ne se résume pas au revenu mensuel. Elle se manifeste aussi lorsqu’un ménage cumule les difficultés d’accès à l’éducation, à la santé, au logement ou aux équipements essentiels. Cette lecture plus large évite qu’une amélioration moyenne masque les privations persistantes.
La dernière note du Programme des Nations unies pour le développement estime à 2,422 millions le nombre de personnes vivant en situation de pauvreté multidimensionnelle au Maroc en 2024, soit 6,4% de la population. Elle classe 4,137 millions d’autres personnes comme vulnérables à cette pauvreté, soit 10,9% de la population.
Cette évolution traduit une réduction importante sur une décennie. Elle signifie aussi que plusieurs millions de personnes restent confrontées à des privations simultanées, malgré l’extension des politiques sociales et des infrastructures.
Mesurer ce que le revenu ne montre pas
L’indice de pauvreté multidimensionnelle observe plusieurs dimensions du niveau de vie. Un ménage peut ainsi se situer au-dessus d’un seuil monétaire tout en restant pénalisé par l’éloignement des soins, la déscolarisation, un habitat insuffisant ou l’absence de services de base.
Pour le consommateur, cette distinction est essentielle. Une aide financière peut soutenir le budget, mais elle ne remplace pas une école accessible, un centre de santé fonctionnel ou un réseau d’eau fiable. La lutte contre la pauvreté exige donc de suivre à la fois les revenus et la qualité concrète des services publics.
La moyenne nationale ne dit pas où se concentrent les privations
Le chiffre national doit être complété par une lecture territoriale, par âge et par composition des ménages. Le rapport mondial 2026 du PNUD et de l’Oxford Poverty and Human Development Initiative rappelle que la pauvreté multidimensionnelle se concentre fortement dans les zones rurales et touche particulièrement les enfants à l’échelle internationale.
Au Maroc, la priorité est donc d’identifier les communes et les catégories où plusieurs privations se cumulent. Sans cette précision, une baisse nationale peut coexister avec des poches durables de vulnérabilité.
Pour rappel, l’indice mondial de pauvreté multidimensionnelle existe depuis 2010. Son édition 2026 couvre 108 pays et fait état de 1,2 milliard de personnes en situation de pauvreté aiguë dans le monde. Le Maroc a amélioré son résultat sur dix ans ; le prochain enjeu est de convertir ce progrès statistique en accès effectif et vérifiable aux services essentiels.
