Transporter plus facilement les visiteurs sans transformer la médina en décor de parc d’attractions : tel sera le véritable défi du futur téléphérique de Fès. Dans une ville dont l’attractivité repose précisément sur l’intégrité de son patrimoine, la mobilité ne peut être pensée séparément du paysage, des habitants et des usages quotidiens.
Le Centre régional d’investissement de Fès-Meknès a ouvert un appel à manifestation d’intérêt pour sélectionner des partenaires chargés de concevoir, réaliser et exploiter un transport par câble. Le projet est envisagé à la fois comme une attraction panoramique et comme un mode de transport complémentaire vers les sites historiques situés sur les hauteurs.
Les candidats ont jusqu’au 9 janvier pour remettre leurs dossiers. La sélection se déroulera en deux phases : examen des références, d’un avant-projet technique sommaire et d’une première étude de faisabilité financière, puis remise d’une offre détaillée par les équipes présélectionnées.
Le patrimoine comme condition du projet
Le téléphérique pourrait faciliter l’accès aux sites, répartir les flux et diversifier les circuits touristiques. Il devra aussi garantir l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, respecter des normes de sécurité exigeantes et s’intégrer à l’environnement architectural et paysager.
Mais cette intégration ne peut rester une formule de cahier des charges. Où seront installées les gares ? Quel sera l’impact visuel des pylônes et des câbles ? Quels quartiers supporteront les flux supplémentaires ? Quel tarif sera appliqué aux habitants et aux visiteurs ? Ces choix détermineront si le projet devient un service de mobilité ou une attraction principalement commerciale.
Une infrastructure touristique doit aussi servir la ville
Le transport par câble présente un intérêt particulier dans les reliefs difficiles et les tissus urbains où l’élargissement des voies est impossible. À Fès, il peut éviter une partie des déplacements motorisés autour des sites patrimoniaux. Son utilité dépendra cependant de sa connexion avec les autres transports, de sa fréquence et de son modèle tarifaire.
Le contribuable devra également connaître le partage des risques entre la collectivité et l’exploitant : financement des travaux, entretien, garanties de fréquentation et éventuelles compensations publiques. Une concession mal calibrée pourrait privatiser les recettes tout en laissant les coûts lourds au secteur public.
Pour rappel, la médina de Fès est inscrite au patrimoine mondial et sa valeur tient autant à ses monuments qu’à son tissu urbain vivant. Le téléphérique ne pourra être jugé sur la seule beauté de la vue. Sa réussite se mesurera à sa capacité à améliorer l’accès sans altérer ce qu’il promet de faire découvrir.
