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Subventions détournées : des céréales destinées au pain redirigées vers l’alimentation animale

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Une affaire de détournement de céréales importées et lourdement subventionnées par l’État vient jeter une lumière crue sur les dysfonctionnements persistants dans les circuits de distribution des produits stratégiques. Selon des révélations du quotidien Assabah, des quantités importantes de blé et d’orge, exemptées de droits de douane et destinées à la production de farine pour la consommation humaine, auraient été redirigées vers des usines de fabrication d’aliments pour bétail, générant des marges financières substantielles au profit de certains opérateurs.

L’affaire a éclaté à la suite de la découverte, qualifiée de fortuite, de documents d’importation de céréales subventionnées au sein d’une unité de production d’aliments de bétail. Ces documents attestent que des sociétés importatrices livraient depuis plusieurs mois des céréales subventionnées à des industriels du secteur de l’élevage, au lieu de les orienter vers les minoteries, comme l’exige le dispositif de soutien public.

Une chaîne maîtrisée de bout en bout

Selon Assabah, ce détournement a été rendu possible par la mainmise de certains importateurs sur l’ensemble de la chaîne logistique, depuis l’importation jusqu’au stockage et à la transformation. Cette intégration verticale complique les contrôles et rend difficile la traçabilité réelle des céréales, sauf en cas de découverte exceptionnelle de documents compromettants.

Les quantités concernées restent à déterminer avec précision, mais les enjeux financiers sont considérables. Les importateurs de céréales figurent parmi les principaux bénéficiaires des aides publiques. En 2021, ils ont capté près de 43% de l’enveloppe globale de soutien, une part qui a bondi à 84,8% en 2022. Pour la seule année 2024, les subventions accordées au secteur ont atteint 2,578 milliards de dirhams, destinées exclusivement à maintenir des prix abordables pour la farine et le pain, produits de base pour les ménages marocains.

Un dispositif fragilisé par les dérives

L’État a mobilisé, ces dernières années, près de 10 milliards de dirhams pour amortir l’impact de la flambée mondiale des prix des céréales et des effets de la sécheresse. Si le prix de la baguette de pain subventionnée est resté fixé à 1,20 dirham, les autres catégories de farine ont, en revanche, connu des hausses sensibles, accentuant le sentiment de décalage entre l’effort budgétaire consenti et les résultats observés sur le marché.

Le quotidien souligne que l’aide publique, initialement limitée à 6,26 millions de quintaux de blé tendre, a été étendue à l’ensemble des céréales afin de contenir les tensions inflationnistes. Toutefois, les pratiques frauduleuses décrites auraient largement neutralisé l’effet attendu de ces mesures.

Un gain illégal au détriment du consommateur

Selon les estimations relayées par Assabah, les importateurs impliqués réaliseraient un profit d’environ 3 dirhams par kilogramme de céréales détournées vers les usines d’aliments de bétail. Une marge obtenue au détriment de la sécurité alimentaire et de l’objectif fondamental des subventions : garantir l’accès des citoyens à des produits de base à prix maîtrisés.

Une enquête a été ouverte afin d’identifier les responsabilités et d’évaluer l’ampleur réelle de ces détournements. Au-delà du volet judiciaire, cette affaire relance le débat sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle, de traçabilité et de gouvernance des subventions publiques, dans un contexte où la pression sur les finances de l’État et sur le pouvoir d’achat des ménages demeure élevée.

Avec Assabah

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