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Tourisme : l’Espagne frôle les 100 millions de visiteurs, entre performance économique et tensions sociales

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L’Espagne a franchi en 2025 un nouveau seuil historique en matière de fréquentation touristique. Selon les premières estimations communiquées par le ministère espagnol du Tourisme, le pays a accueilli près de 97 millions de touristes étrangers, un record absolu qui confirme sa position de deuxième destination mondiale, juste derrière la France. Une performance saluée par les autorités, mais qui ravive en parallèle les débats sur les limites du tourisme de masse.

Une dynamique de croissance toujours plus forte

Avec environ 97 millions de visiteurs internationaux, contre 94 millions en 2024, l’Espagne enregistre une progression significative de ses flux touristiques. Cette affluence record s’est traduite par 135 milliards d’euros de recettes, en hausse de 6,8% sur un an, illustrant le poids stratégique du tourisme dans l’économie nationale.

Pour le ministre du Tourisme, Jordi Hereu, cette performance constitue « une réussite collective », témoignant de l’attractivité durable du pays et de la capacité du secteur à s’adapter à un environnement international marqué par l’inflation et une concurrence accrue entre destinations européennes.

Les professionnels confirment cette lecture. Dans son rapport de décembre, l’association Mesa del Turismo souligne la résilience du secteur malgré la hausse des prix et se dit confiante pour 2026, évoquant des perspectives de croissance soutenues, même face à la montée en puissance de destinations concurrentes comme la Grèce, la Turquie ou l’Albanie.

Un pilier économique… et une dépendance structurelle

Cette performance touristique s’inscrit dans un contexte macroéconomique favorable. Le gouvernement espagnol anticipe une croissance de 2,9% en 2025, soit plus du double de celle attendue pour la zone euro, une dynamique largement soutenue par le tourisme.

Mais cette réussite met également en lumière une forte dépendance structurelle. Selon l’Institut national de la statistique (INE), le tourisme représentait 12,6% du PIB espagnol en 2024. Pour l’économiste Pedro Aznar, professeur à l’université Esade, ce poids souligne à la fois la force du secteur et la vulnérabilité du modèle économique face aux chocs ou aux tensions sociales liées au tourisme de masse.

Surtourisme : des tensions de plus en plus visibles

La fréquentation record de 2025 ravive en effet les crispations sociales dans plusieurs régions fortement touristiques, notamment Barcelone, Malaga, les îles Baléares et les Canaries. Ces territoires sont régulièrement le théâtre de manifestations dénonçant les effets du surtourisme sur le cadre de vie.

Les griefs sont désormais bien identifiés : pression sur les services publics, transformation de l’offre commerciale au détriment des habitants, raréfaction du logement locatif et flambée des loyers, les locations touristiques offrant une rentabilité bien supérieure au marché résidentiel. À cela s’ajoute un impact environnemental croissant, dans un pays particulièrement exposé au stress hydrique et aux effets du changement climatique.

Vers un tourisme plus soutenable ?

Conscient de ces enjeux, le gouvernement espagnol appelle à une réorientation qualitative du modèle touristique. Jordi Hereu plaide pour une diversification et un meilleur contrôle de l’offre, afin de « continuer à croître » tout en améliorant la qualité et la soutenabilité du secteur.

« Nous cherchons à croître au rythme et selon les critères que nous jugeons souhaitables pour un modèle de triple durabilité : économique, sociale et environnementale », a assuré le ministre, en réponse aux critiques.

Dans cette logique, plusieurs collectivités ont déjà engagé des mesures restrictives. Barcelone, par exemple, a annoncé qu’elle ne renouvellerait pas les licences de près de 10.000 appartements touristiques, dont l’échéance est fixée à novembre 2028, afin de desserrer la pression sur le marché du logement.

Un modèle à rééquilibrer

Le record touristique de 2025 confirme la puissance d’attraction de l’Espagne et la solidité de son industrie touristique. Mais il souligne aussi l’urgence d’un rééquilibrage du modèle, entre performance économique et acceptabilité sociale. À l’heure où le pays frôle symboliquement la barre des 100 millions de visiteurs, le défi n’est plus seulement d’attirer toujours plus de touristes, mais de mieux répartir, mieux réguler et mieux intégrer cette croissance dans les territoires.

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