Annoncée il y a un an comme une ouverture stratégique destinée à répondre aux besoins de reconstitution du cheptel national, l’importation d’ovins australiens vers le Maroc n’a, à ce stade, donné lieu à aucune livraison effective. Selon des documents consultés, aucun mouton n’a été expédié depuis l’Australie vers le Royaume, malgré une demande initialement estimée à 100 000 têtes par an.
À l’époque, les autorités marocaines avaient fait savoir leur intention de diversifier leurs sources d’approvisionnement afin de faire face à l’érosion des troupeaux, conséquence de plusieurs années consécutives de sécheresse. Le Conseil australien des exportateurs de bétail (Australian Livestock Exporters’ Council – ALEC) s’était félicité de cette ouverture, estimant que l’Australie, en raison de la qualité sanitaire de son cheptel et de la fiabilité de ses chaînes d’exportation, était bien positionnée pour répondre aux besoins marocains.
Douze mois plus tard, ces perspectives ne se sont pas concrétisées. Le directeur général de l’ALEC, Mark Harvey-Sutton, a confirmé qu’«aucun accord commercial n’a finalement été conclu» permettant le lancement effectif des exportations vers le Maroc. Il a reconnu que l’avenir de ce projet demeurait incertain, tout en soulignant que l’intérêt exprimé par la partie marocaine avait été réel au stade des discussions préliminaires.
Selon les responsables australiens, plusieurs facteurs ont pesé sur la viabilité du projet. La distance géographique, impliquant des trajets maritimes longs et coûteux, a fortement grevé l’équation économique de l’opération. À cela se sont ajoutées des négociations commerciales restées inabouties, dans un contexte où les importateurs marocains disposent déjà de sources d’approvisionnement plus proches, notamment en Europe et en Amérique du Sud.
Mark Harvey-Sutton a également indiqué que la demande marocaine pour les ovins australiens apparaissait comme ponctuelle plutôt que structurelle. Il a toutefois estimé que les démarches engagées avaient permis d’ouvrir une option supplémentaire pour l’avenir, mettant en avant l’atout sanitaire de l’offre australienne, fondée sur un cheptel exempt de maladies et soumis à des normes strictes de biosécurité.
Cet échec intervient dans un contexte de recomposition profonde du secteur australien des exportations de bétail vivant. Les autorités de Canberra ont acté la fin programmée des exportations maritimes de moutons à compter du 1er mai 2028, une décision qui fragilise de nombreuses entreprises de la filière. Les volumes exportés ont déjà reculé, passant de plus de 630 000 têtes en 2023 à un peu plus de 318 000 en 2025, principalement à destination du Moyen-Orient.
Parallèlement, le secteur reste exposé à de fortes pressions médiatiques et sociétales, après la diffusion d’images dénonçant les conditions de transport des animaux lors de certaines expéditions. Les exportateurs australiens affirment avoir renforcé leurs dispositifs de contrôle, de transparence et de surveillance à bord des navires, notamment durant les périodes estivales les plus sensibles pour le bien-être animal.
Dans ce contexte, l’absence de livraisons vers le Maroc apparaît comme le résultat d’une convergence de contraintes économiques, logistiques et réglementaires, plutôt que comme un simple désintérêt commercial. Si l’ouverture du marché marocain aux ovins australiens a, un temps, suscité de fortes attentes, elle reste pour l’instant un projet avorté, sans calendrier de relance clairement établi.
Avec Barlamane

