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Marchés de gros : l’État veut couper court à la spéculation des intermédiaires

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Longtemps dénoncé, rarement traité à la racine, le rôle des intermédiaires dans la flambée des prix agricoles est désormais dans le viseur du ministère de l’Intérieur. Face à la hausse continue des prix des fruits et légumes et à la pression croissante sur le pouvoir d’achat, les autorités annoncent une offensive structurée contre les réseaux d’intermédiation et de spéculation qui dominent les marchés de gros et les souks hebdomadaires.

Selon le quotidien Assabah, cette décision marque un tournant dans la gestion des circuits de commercialisation agricole. L’objectif affiché est clair : réduire le nombre d’intervenants entre le producteur et le consommateur, restaurer la transparence des transactions et faire baisser durablement les prix.

Une réforme en trois axes

La nouvelle approche du ministère de l’Intérieur repose sur trois piliers complémentaires. Le premier concerne l’adoption d’un cadre juridique rénové, destiné à encadrer strictement l’activité des marchés de gros et à limiter l’influence des intermédiaires non réglementés. Le deuxième axe porte sur un nouveau mode de gestion, fondé sur des standards modernes et une gouvernance plus rigoureuse. Enfin, le troisième pilier vise à instaurer un processus de vente contrôlé à chaque étape, depuis l’entrée des produits jusqu’à leur sortie vers les circuits de distribution.

Dans cette logique, chaque région devrait disposer à terme d’un marché de gros unique, structuré et modernisé, où les opérations se dérouleraient sans l’intervention des spéculateurs. Une réforme présentée comme bénéfique à l’ensemble de la chaîne : producteurs, commerçants et consommateurs.

Le CESE tire la sonnette d’alarme

Cette offensive s’inscrit dans la continuité des recommandations du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui a récemment pointé du doigt le rôle central des intermédiaires dans la spéculation sur les produits agricoles. Dans son rapport consacré à la commercialisation, l’institution constitutionnelle appelle à mettre fin à la prolifération d’intervenants entre les exploitants agricoles et les détaillants, considérée comme l’un des principaux facteurs de renchérissement des prix.

Aujourd’hui, le Maroc compte environ 30 marchés de gros structurés, auxquels s’ajoutent 8 marchés parallèles non organisés. L’ensemble génère un chiffre d’affaires annuel estimé à 7 milliards de dirhams, dont près de 400 millions de dirhams reviennent aux collectivités territoriales, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Intérieur devant le Parlement.

Vers des marchés de nouvelle génération

Pour traduire cette réforme sur le terrain, le ministère de l’Intérieur travaille en coordination avec les départements de l’Agriculture et de l’Industrie et du Commerce à la création de 12 marchés de gros de nouvelle génération. Ces infrastructures seront dotées d’équipements modernes, de services logistiques adaptés et de méthodes de gestion alignées sur les meilleures pratiques.

Rabat devrait accueillir le premier modèle de ce nouveau dispositif, dont la construction arrive à son terme. Les autres régions suivront progressivement, avec l’ambition de refonder en profondeur l’organisation des circuits de distribution agricole.

Les souks hebdomadaires, maillon faible du système

En parallèle, la question des souks hebdomadaires reste centrale. Le Royaume en compte 828, dont la grande majorité en milieu rural. Souvent dépourvus d’infrastructures de base et de mécanismes de contrôle, ces marchés constituent un terrain privilégié pour les intermédiaires les plus agressifs. Leur encadrement figure également parmi les chantiers prioritaires des autorités.

À l’heure où la cherté de la vie alimente tensions sociales et inquiétudes économiques, cette réforme des marchés de gros apparaît comme un test majeur. Entre volonté politique et mise en œuvre effective, l’enjeu est désormais de transformer l’annonce en résultats concrets sur les étals… et sur le ticket de caisse du consommateur.

Avec Assabah

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