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Poisson cher : quand la régulation des prix refait surface face à la flambée de la sardine

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La hausse brutale des prix du poisson, illustrée par un kilogramme de sardines désormais vendu autour de 45 dirhams, relance le débat sur une intervention directe de l’État dans la formation des prix du marché halieutique. Face à une situation jugée socialement sensible, l’hypothèse d’un encadrement administratif ressurgit comme ultime levier pour contenir des tensions devenues récurrentes.

Depuis le 1ᵉʳ février, les autorités ont décidé de suspendre les exportations de sardines congelées afin de préserver l’approvisionnement du marché intérieur. Cette mesure intervient dans un contexte de contraction marquée des volumes débarqués. Malgré le statut du Maroc comme premier exportateur mondial de sardines, la filière fait face à une raréfaction progressive de la ressource. Les chiffres disponibles font état d’un recul spectaculaire des débarquements en 2024, avec des volumes presque divisés par deux par rapport à l’année précédente, accentuant mécaniquement la pression sur les prix.

Les industriels de la conserve, regroupés notamment au sein de l’Unicop, alertent depuis plusieurs années sur cette tension structurelle. La baisse de l’offre, combinée à une demande peu flexible, a entraîné une envolée des prix estimée à près de 60 %, fragilisant à la fois la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. À ces facteurs s’ajoutent des soupçons de pratiques anticoncurrentielles. Le Conseil de la concurrence a évoqué l’existence possible d’ententes sur les prix entre certains opérateurs, ouvrant la voie à une enquête formelle en 2025.

Sur le plan juridique, le principe reste celui de la liberté des prix, consacré par la loi sur la concurrence. Toutefois, le cadre légal autorise des dérogations temporaires en cas de perturbation grave du marché ou de menace sur l’accès à des produits essentiels. Le poisson, denrée de base dans l’alimentation marocaine, entre potentiellement dans ce champ. Mais l’encadrement des prix pose des risques bien connus : pénuries, contournement des circuits formels et désorganisation de la distribution, surtout dans une filière où l’offre est biologiquement contrainte et difficilement ajustable à court terme.

La formation du prix halieutique résulte d’un équilibre fragile entre rareté de la ressource, coûts logistiques élevés et multiplication des intermédiaires. Si certaines marges alimentent le sentiment de spéculation, une part importante de l’écart entre prix au débarquement et prix au détail reflète des coûts réels liés au transport, au stockage et aux pertes. Un plafonnement strict au niveau du consommateur final risquerait ainsi de déplacer le problème sans le résoudre.

Plutôt qu’un contrôle direct des prix, plusieurs observateurs plaident pour des instruments plus ciblés : renforcement de la transparence dans les criées, traçabilité des transactions, lutte effective contre les ententes, rationalisation des circuits de distribution et amélioration de la chaîne du froid. En agissant sur les coûts et sur la structure du marché, ces mesures permettraient de faire baisser durablement les prix sans casser les mécanismes d’incitation à produire.

Dans un contexte de pression sociale accrue, l’intervention publique apparaît donc comme un exercice d’équilibriste : protéger le consommateur sans aggraver les déséquilibres d’une filière déjà fragilisée par le climat, la rareté et les tensions concurrentielles.

Avec Barlamane

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