Zakia Eddariy: Le cash n’est plus un choix, mais une contrainte

Directrice générale de CDM Pay, Zakia Eddariy revient sur les défis de la digitalisation des paiements au Maroc. Si les consommateurs sont aujourd’hui largement équipés, l’adoption reste freinée par un réseau d’acceptation encore insuffisant. Pour elle, l’avenir passe par un meilleur accompagnement des commerçants, la généralisation du paiement instantané et une pédagogie renforcée autour des coûts cachés du cash.
Zakia Eddariy: directrice générale CDM PAY
CONSONEWS: Comment CDM Pay accompagne-t-elle les commerçants dans l’adoption du paiement digital?
Zakia Eddariy: Dès son lancement, CDM Pay a fait le choix de ne pas se limiter à fournir des solutions de paiement, mais d’accompagner les commerçants dans la durée. L’idée est de les aider à mieux comprendre leurs besoins, à anticiper leurs investissements futurs et à leur proposer les solutions les plus adaptées à leur activité. Notre rôle ne se résume donc pas à installer des TPE : nous accompagnons chaque commerçant dans son évolution. C’est dans cet esprit que, dès le départ, chaque client recruté par notre filiale bénéficie d’un gestionnaire dédié, chargé de le conseiller au quotidien.
Quel est aujourd’hui le principal frein à l’adoption du paiement digital?
Je parlerais davantage d’une opportunité que d’un frein. Les chiffres montrent qu’aujourd’hui, nous avons près de 100.000 commerçants équipés, alors que le potentiel du marché est estimé à 1,2 million de commerçants. En face, les consommateurs sont bien équipés avec plus de 23 millions de cartes en circulation. Le vrai sujet, c’est donc la plateforme d’acceptation : elle reste encore trop limitée. Résultat, beaucoup de consommateurs sont encore contraints d’utiliser du cash lorsqu’ils se rendent chez des commerçants non équipés. L’enjeu pour les établissements de paiement est d’élargir cette base d’acceptation en équipant davantage les petits commerçants, les commerces de proximité et les indépendants, quel que soit leur secteur.
Comment convaincre les petits commerçants ?
Quand on échange avec les commerçants, je préfère parler d’investissement plutôt que de coût. Notre rôle est de leur montrer que le paiement digital peut être rentable dans le temps. Il faut d’abord expliquer le coût invisible du cash. Pour beaucoup de commerçants, le cash semble gratuit parce qu’il est immédiatement disponible. Mais en réalité, il existe un coût caché : un coût pour l’économie, un coût de sécurité et un coût lié à l’informalité. Ensuite, il faut leur montrer l’opportunité commerciale : un client qui entre sans cash mais avec sa carte représente, sans solution digitale, une vente perdue. Enfin, une activité qui fonctionne uniquement avec du cash ne peut pas vraiment anticiper ses ventes. Avec la donnée générée par le paiement digital, nous pouvons aussi mieux conseiller les commerçants sur leur activité.
Laquelle des innovations transformera le plus le quotidien des consommateurs?
Les deux répondent à des besoins différents. Le paiement sans contact a déjà profondément transformé les usages. Plus de 40 % des paiements par carte sont aujourd’hui réalisés en sans contact, preuve que cette technologie est entrée dans les habitudes. Le prochain grand tournant sera, selon moi, le paiement instantané. Pour les petits commerçants notamment, disposer immédiatement des fonds constitue un enjeu majeur de trésorerie. Tant que le paiement digital n’est pas instantané, il peut être perçu comme une contrainte par rapport au cash. Accélérer les délais de règlement est donc une priorité pour favoriser son adoption.
Quelles sont vos priorités face aux risques de fraude en ligne?
Nous avons trois priorités. La première, c’est d’expliquer clairement comment utiliser la technologie au quotidien pour aider les consommateurs et les commerçants à mieux se protéger et à détecter les comportements anormaux en temps réel. La deuxième, c’est l’éducation car la technologie seule ne suffit pas : il faut du temps pour installer les bons réflexes. La troisième, c’est la réactivité opérationnelle. Notre rôle consiste à rester présents en temps réel pour anticiper, détecter et gérer efficacement les cas de fraude.
