Mohamed Adnane Boutaib: Une stratégie nationale fondée sur la sécurité et la confiance

Mohamed Adnane Boutaib: responsable du service études et projets – Bank Al-Maghrib
Pour Mohamed Adnane Boutaib, la mutation des paiements au Maroc repose d’abord sur une stratégie structurée dans la durée.
Bank Al-Maghrib travaille depuis plusieurs années sur un ensemble d’axes, dont un projet central sur le paiement de détail, élaboré autour d’un tour de table réunissant la banque centrale et les principales parties prenantes de l’écosystème.
L’objectif est de définir des règles communes qui répondent aux enjeux d’ouverture du marché, de protection des utilisateurs et de sécurité du système financier.
Cette stratégie s’appuie sur plusieurs piliers transversaux : la confiance, la durabilité et surtout la sécurité. Mohamed Adnane Boutaib insiste sur la spécificité de l’architecture marocaine qui repose à la fois sur des infrastructures de marché financier et sur un réseau de banques et d’établissements de paiement au service des particuliers, des entreprises et des administrations. Dans ce cadre, la stratégie nationale vise à minimiser les risques émergents, en particulier ceux liés à l’ingénierie sociale et aux nouvelles formes de fraude, en mobilisant l’ensemble des acteurs : régulateur, banques, opérateurs de paiement et autres intermédiaires.
Face à la montée des cybermenaces, Mohamed Adnane Boutaib souligne le rôle ambivalent de l’intelligence artificielle : elle peut accélérer certains types de fraude mais elle est aussi appelée à devenir un outil clé pour les contrer. Des réflexions sont menées pour développer des solutions basées sur l’IA, tout en renforçant la résilience des infrastructures et la continuité des services. Des simulations de crise, inspirées notamment d’épisodes de « blackout » survenus en Europe, sont régulièrement organisées pour tester la capacité de l’écosystème à absorber des chocs et à rester disponible pour le consommateur.
Pour Bank Al-Maghrib, le défi est également de transformer la confiance attachée au cash en une confiance équivalente envers les paiements électroniques. Il s’agit de faire en sorte que la première utilisation d’un moyen de paiement digital soit sécurisée et positive, afin d’ancrer des usages durables. « Il faut capitaliser sur la confiance, aborder le premier usage pour ancrer cette confiance et, par la suite, développer les usages à base des infrastructures dont on dispose aujourd’hui », résume Mohamed Adnane Boutaib.
En filigrane, le message du régulateur est clair : la révolution du paiement ne se fera pas par la seule technologie mais par une combinaison de règles communes, de sécurité renforcée, de résilience opérationnelle et de confiance progressivement construite entre tous les acteurs du marché.
