Ismail Bellali : Le vrai défi du paiement digital, c’est l’acceptation chez les commerçants

Ismail Bellali : directeur général Unipay

Si le Maroc compte déjà des millions de cartes bancaires en circulation, leur usage au quotidien reste limité. Pour Ismail Bellali, directeur général d’Unipay, la progression du paiement digital est réelle mais bute toujours sur le même obstacle : le manque de points d’acceptation chez les commerçants qui perçoivent encore ce moyen de paiement comme un coût, un risque et une contrainte de trésorerie.

CONSONEWS: Où en est-on aujourd’hui dans la révolution du paiement digital au Maroc ?

Ismail Bellali: On ne peut pas vraiment parler de révolution au sens d’un basculement brutal. La situation évolue positivement, avec une progression intéressante de l’adoption du paiement électronique. Mais on reste encore loin d’un véritable changement de paradigme comme on peut l’observer dans des pays où le paiement digital est mature. Aujourd’hui, les paiements par carte bancaire progressent d’environ 15% par an, ce qui est encourageant. En revanche, les usages restent encore très limités.
À titre d’illustration, les cartes bancaires marocaines ont réalisé 240 millions d’opérations en 2025. Quand on rapporte ce chiffre aux plus de 20 millions de cartes en circulation, on obtient une moyenne d’environ une transaction par mois et par carte. C’est très faible. En réalité, il faut distinguer les cartes utilisées pour payer de celles qui servent uniquement à retirer de l’argent. Sur les 23 millions de cartes en circulation, environ 7 millions sont réellement actives en paiement chez les commerçants. Cela reste insuffisant, même si ces cartes ne sont pas dormantes.

Donc le décalage se situe surtout entre les utilisateurs et les commerçants ?
Exactement. Les utilisateurs sont équipés, ils sont prêts et ils ont compris l’intérêt du paiement digital: c’est pratique, simple et rapide. Le problème, c’est que les commerçants n’ont pas encore adopté cette logique. Beaucoup considèrent encore que c’est un coût, que cela les expose à des risques ou à des délais dans la réception de leur argent. Pour eux, encaisser en cash reste plus immédiat et plus rassurant. Ce sont ces freins du quotidien qui limitent encore l’adhésion des petits commerçants, des épiciers, des bouchers ou des petits commerces de proximité.
Vous avez aussi évoqué la sensibilisation des utilisateurs. Qui doit, selon vous, porter cet effort ?
Il faut avant tout sensibiliser les porteurs de cartes pour qu’ils soient vigilants face aux risques d’escroquerie et d’arnaque. Ce sont des risques bien réels que tout le monde connaît mais que beaucoup sous-estiment encore. Les banques ont évidemment un rôle à jouer et elles le font déjà en envoyant des messages de prévention, mais cela ne suffit pas toujours.
Je pense que les médias ont aussi un rôle essentiel à jouer. Quand un sujet passe à la télévision, sur les réseaux sociaux ou dans la presse, il touche davantage les gens. Il faut expliquer clairement comment fonctionnent les pièges, comment les escrocs procèdent et comment les éviter. C’est en montrant concrètement les risques que l’on peut réellement faire progresser la vigilance des utilisateurs.

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