La réforme envisagée des circuits alimentaires doit agir sur l’un des principaux facteurs de formation des prix : la succession des intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs. Le nouveau gouvernement prévoit la création de sociétés régionales et de plateformes professionnelles de regroupement et de commercialisation.
Le360 rappelle que les prix alimentaires ont augmenté de 1,6% en septembre 2026. Les viandes et les légumes ont progressé de 4,3%, selon le Haut-Commissariat au Plan. L’alimentation représentait 38,2% du budget des ménages en 2022.
Une étude du Conseil de la concurrence estime que la marge brute des intermédiaires représente en moyenne près de 34% du prix final des produits agricoles. Entre 35% et 45% des fruits et légumes commercialisés échapperaient par ailleurs aux circuits des marchés de gros.
Des plateformes encadrées par un cahier des charges commun
Les sociétés régionales et les plateformes professionnelles seraient régies par un cahier des charges unifié. Leur rôle consisterait à regrouper les volumes, organiser la commercialisation, réduire le nombre d’intermédiaires et contenir les marges.
Le projet fait toutefois l’objet de critiques. Le groupe parlementaire du PJD estime que ces structures pourraient concentrer la distribution entre les mains de spéculateurs ou de personnes influentes, au détriment de la concurrence.
Le modèle brésilien regroupe l’offre agricole
Le Brésil s’appuie sur un réseau de centrales d’approvisionnement, les CEASA, qui centralisent la commercialisation en gros des produits agricoles et alimentaires. Les marchandises sont regroupées, réceptionnées, triées, stockées puis distribuées aux détaillants, aux supermarchés et à la restauration.
Un professionnel interrogé par Le360 estime que des plateformes régionales pourraient être adaptées aux fruits et légumes, aux pommes de terre ou aux oignons, selon les besoins des bassins de production et des marchés de consommation.
Il précise toutefois que la construction d’infrastructures ne suffit pas à faire baisser les prix. Le résultat dépend aussi des coûts de fonctionnement, des règles d’accès, du nombre d’acheteurs, de la concurrence entre grossistes et de la transmission des économies logistiques au prix payé par le consommateur.
L’Inde combine regroupement physique et enchères numériques
L’expérience indienne associe une plateforme nationale de commerce agricole en ligne, e-NAM, et des organisations de producteurs. Lancé en 2016, le dispositif met en réseau les marchés agricoles existants et organise la mise en concurrence des acheteurs.
Les expériences étrangères présentées dans le projet de réforme portent ainsi sur la transparence des prix, le regroupement des volumes et la réduction des coûts logistiques. Leur adaptation au Maroc dépendra du cadre de gouvernance retenu et des conditions de concurrence dans les nouvelles structures régionales.
