Le taux de chômage ne raconte plus, à lui seul, toute la fragilité du marché du travail marocain. Au troisième trimestre 2026, il atteint 10,5%, mais la sous-utilisation globale de la main-d’œuvre touche 19,6% des actifs concernés. Autrement dit, le problème dépasse les seules personnes officiellement classées comme chômeurs.
Selon la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre du Haut-Commissariat au Plan, le Maroc comptait 10,47 millions de personnes exerçant un emploi contre revenu. Leur nombre a reculé de 173.000 en un trimestre, soit une baisse de 1,6%. Dans le même temps, le chômage strict a gagné 0,9 point et concerne 1,224 million de personnes.
Le monde rural concentre les pertes
Sur les 173.000 emplois rémunérés perdus, 148.000 se situent en milieu rural, contre 25.000 en ville. Le taux de chômage atteint désormais 12,5% dans les zones urbaines et 6,9% dans les campagnes, où il progresse de 1,5 point en un seul trimestre.
L’agriculture, la sylviculture et la pêche ont perdu 145.000 postes, tandis que les services en ont perdu 96.000 et la construction 3.000. L’industrie constitue la seule exception, avec 69.000 emplois nets supplémentaires. Les services restent néanmoins le premier employeur avec 49,2% des emplois rémunérés, devant l’agriculture à 23,2%, l’industrie à 14,6% et la construction à 12,9%.
Jeunes et femmes en première ligne
Le chômage touche 30,5% des 15-24 ans, après une hausse trimestrielle de 3,3 points. Il atteint 16,7% chez les femmes, presque le double du taux masculin de 8,7%. La sous-utilisation de la main-d’œuvre monte même à 44,5% chez les jeunes et à 28,5% chez les femmes.
Au total, 2,4 millions de personnes sont concernées par le chômage strict, la main-d’œuvre potentielle ou le sous-emploi lié à la durée du travail. Ce total a augmenté de 80.000 personnes en trois mois.
Une nouvelle mesure, un même problème
Le HCP utilise désormais un cadre méthodologique renouvelé, avec un échantillon annuel de 135.000 ménages et la notion d’« emploi contre revenu ». Les nouveaux résultats ne sont donc pas directement comparables à ceux de l’ancienne Enquête nationale sur l’emploi.
Ce changement améliore la mesure, mais il ne change pas la réalité décrite : le marché crée trop peu d’emplois rémunérés pour absorber la population disponible, et les difficultés se concentrent toujours sur les mêmes catégories. Le véritable indicateur de progrès ne sera pas seulement la baisse du chômage, mais la capacité à créer des emplois stables, rémunérés et accessibles aux jeunes comme aux femmes.
