Une étude menée au Maroc met en évidence une corrélation significative entre la consommation fréquente de fast-food et un risque accru de cancer colorectal à début précoce, c’est-à-dire diagnostiqué avant l’âge de 50 ans. Ces résultats interviennent dans un contexte marqué par une transformation progressive des habitudes alimentaires et une augmentation mondiale des cas de ce type de cancer chez les jeunes adultes.
Réalisée par des chercheurs de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Tanger, relevant de l’Université Abdelmalek Essaadi, l’étude a été publiée en février dans la revue scientifique Clinical Nutrition ESPEN. Elle s’est appuyée sur une méthodologie de type cas-témoins impliquant 616 participants, répartis en deux groupes : 308 patients atteints de cancer colorectal et 308 individus en bonne santé.
Les habitudes alimentaires ont été analysées à l’aide d’un questionnaire de fréquence alimentaire validé, permettant d’évaluer la consommation de fast-food ainsi que d’autres catégories d’aliments. Les chercheurs ont ensuite procédé à une analyse statistique afin d’identifier les associations éventuelles entre régime alimentaire et risque de cancer colorectal précoce.
Les résultats montrent que la consommation de fast-food plus de trois fois par semaine est associée à une augmentation significative du risque de développer un cancer colorectal avant 50 ans. Parmi les jeunes participants, 59 % des patients atteints de cancer ont déclaré consommer régulièrement du fast-food, contre moins de 1 % dans le groupe témoin, une différence jugée statistiquement significative.
L’étude souligne que le cancer colorectal à début précoce est en progression à l’échelle internationale. Au Maroc, cette évolution s’inscrit dans un contexte de mutation alimentaire caractérisé par une hausse de la consommation de produits industriels riches en sucres raffinés, en viandes rouges et transformées, ainsi qu’en graisses saturées.
Au-delà du fast-food, d’autres facteurs de risque ont été identifiés. La consommation d’alcool apparaît fortement associée à une augmentation du risque. À l’inverse, certains éléments semblent jouer un rôle protecteur. Les chercheurs observent qu’un statut socio-économique plus élevé, une consommation quotidienne de plus de 200 grammes de fruits et légumes, ainsi qu’une consommation régulière de légumineuses (au moins deux fois par semaine) sont liés à une réduction du risque.
Ces conclusions suggèrent que les régimes alimentaires traditionnels, riches en végétaux et en fibres, pourraient constituer un levier de prévention face à la montée du cancer colorectal chez les jeunes adultes.
Si l’étude met en lumière une association forte, elle rappelle également l’importance d’une approche globale intégrant nutrition, mode de vie et sensibilisation précoce. Dans un contexte de transition alimentaire rapide, ces données relancent le débat sur les enjeux de santé publique liés à la diffusion des modèles de consommation occidentalisés.
Avec Yabiladi

