Carburants: face au gazole cher, l’huile de friture revient dans les réservoirs en France

La flambée du prix du gazole en France pousse certains automobilistes à ressortir une alternative aussi ancienne qu’atypique : l’huile alimentaire usagée. Avec un litre de diesel dépassant 2,35 euros, l’utilisation d’huile de friture filtrée séduit de nouveau certains propriétaires d’anciens véhicules diesel, même si cette pratique reste très marginale et juridiquement problématique.

Le principe consiste à récupérer les huiles alimentaires utilisées par les restaurants, à les laisser décanter puis à les filtrer avant de les incorporer au carburant.

Certaines associations organisent déjà localement cette collecte et cette valorisation. L’huile récupérée peut être cédée autour de 80 centimes le litre, soit environ trois fois moins que le gazole aux prix actuels.

Jusqu’à 90% d’huile dans certains vieux diesels

Tous les véhicules ne peuvent cependant pas utiliser ce carburant alternatif.

La pratique concerne essentiellement d’anciens moteurs diesel, notamment ceux fonctionnant avec une injection indirecte et certaines pompes à injection. Les systèmes d’injection directe équipant les véhicules récents supportent beaucoup moins bien l’huile alimentaire, plus visqueuse que le gazole.

La proportion incorporée varie également selon les températures. Certains utilisateurs déclarent se limiter à 10 à 20% d’huile en hiver, contre des proportions pouvant atteindre 90% durant l’été.

Cette utilisation suppose également un entretien plus régulier du véhicule et ne peut donc être assimilée à un remplacement direct et universel du diesel.

Une pratique toujours bloquée juridiquement

En France, le cadre réglementaire demeure paradoxal.

La loi de finances pour 2023 a prévu, sous certaines conditions, la possibilité d’utiliser des huiles alimentaires usagées comme carburant. Mais près de quatre ans plus tard, les textes d’application nécessaires ne sont toujours pas entrés en vigueur.

En pratique, leur utilisation par les particuliers reste donc interdite. Les carburants étant soumis à une fiscalité spécifique, un automobiliste utilisant directement de l’huile usagée peut s’exposer à des sanctions douanières.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire avait par ailleurs estimé en 2024 que les données disponibles sur les émissions produites par ces huiles restaient rares et parfois contradictoires. Elle envisageait plutôt leur utilisation dans des circuits courts et spécifiques, comme certaines flottes ou des trains touristiques.

Un potentiel nécessairement limité

Même avec un cadre réglementaire favorable, l’huile de friture ne pourrait remplacer qu’une fraction infime des carburants conventionnels.

Le volume d’huiles alimentaires usagées disponible en France représenterait moins de 0,5% des 32 millions de mètres cubes de gazole livrés en 2025.

L’intérêt de la filière résiderait donc davantage dans des circuits locaux : récupérer les huiles d’un territoire pour alimenter certains véhicules ou équipements situés à proximité.

L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle. Dès 1900, lors de l’Exposition universelle de Paris, un moteur diesel avait fonctionné à l’huile d’arachide.

Le retour de l’huile de friture dans le débat énergétique est surtout révélateur d’un mécanisme économique classique : plus le prix de l’énergie conventionnelle augmente, plus des solutions jusque-là marginales redeviennent compétitives.

Mais l’ordre de grandeur rappelle également les limites de ces alternatives. L’huile alimentaire usagée peut constituer une ressource intéressante dans une logique d’économie circulaire locale, mais son gisement est beaucoup trop faible pour devenir un substitut massif au diesel.

Son intérêt se situe donc moins dans une hypothétique révolution des carburants que dans la capacité à transformer un déchet local en ressource énergétique locale, particulièrement pour des usages ciblés.

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