Couverture médicale : 88% des Marocains assurés, le reste à charge devient le vrai test

Être assuré ne signifie pas toujours pouvoir se soigner. La généralisation de la couverture médicale a changé l’échelle du système marocain ; elle déplace désormais le débat vers le prix réellement payé par le patient, la disponibilité de l’offre et la qualité des soins accessibles.
Lors d’une conférence internationale organisée à Marrakech par le Conseil de la concurrence sur la politique de santé, Abdelkader Amara, président du Conseil économique, social et environnemental, a indiqué que près de 88% de la population, soit plus de 32 millions de personnes, bénéficiaient d’une couverture médicale à fin 2025. Le taux n’était que de 42% avant le lancement du chantier de généralisation de la protection sociale.
Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, a pour sa part appelé à rendre le secteur de la santé plus attractif pour l’investissement, tout en garantissant une concurrence saine, le respect des règles et la qualité des prestations. Il a également évoqué la poursuite des travaux du Conseil sur la distribution des médicaments et leurs mécanismes de fixation des prix.
Le patient reste au centre de l’équation
La progression de la couverture est considérable, mais elle ne clôt pas le chantier. Selon des chiffres de la Cour des comptes rappelés par Abdelkader Amara, le reste à charge des ménages représentait près de 34% du coût effectif des soins facturés en 2024. Autrement dit, une partie importante de la dépense demeure financée directement par les patients malgré l’assurance.
Ce poids peut conduire certains ménages à reporter une consultation, à renoncer à un examen ou à arbitrer entre santé et dépenses courantes. La révision des tarifs de référence, le contrôle des prix, l’amélioration des remboursements et la réduction des écarts entre secteurs public et privé deviennent ainsi des conditions de l’accès réel aux soins.
Attirer l’investissement sans créer une médecine à deux vitesses
L’investissement privé peut augmenter les capacités, introduire de nouveaux équipements et réduire certains délais. Mais quid de la répartition territoriale de cette offre et de son accessibilité tarifaire ? Une concentration des cliniques et des professionnels dans les villes les plus solvables laisserait persister les inégalités malgré l’élargissement administratif de la couverture.
L’hôpital public reste donc déterminant, notamment pour les populations vulnérables et les territoires moins attractifs. Son renforcement doit accompagner l’ouverture au privé, faute de quoi la couverture universelle pourrait coexister avec des parcours de soins profondément inégaux.
Pour rappel, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire a fortement accru le nombre de bénéficiaires en quelques années. La nouvelle phase doit être jugée sur des indicateurs plus exigeants : délais de rendez-vous, distance d’accès, montant remboursé, disponibilité des médicaments et part exacte du revenu que chaque ménage consacre à sa santé.
