Après plus de deux années d’attente et de débats internes, le gouvernement a officiellement publié, mercredi 11 février, la nouvelle stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat. Élaboré conjointement par les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé, ce document fixe les grandes orientations de la politique alimentaire à l’horizon 2030. Parmi les recommandations phares figure un appel explicite à « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie », ainsi qu’à une réduction de la consommation de viande importée.
Le texte se garde toutefois d’employer le terme de « réduction » pour la consommation globale de viande, lui préférant une formulation jugée plus consensuelle. Cette nuance sémantique, loin d’être anodine, a cristallisé de longues négociations entre les différents ministères concernés et explique en partie les reports successifs de la publication de la stratégie, initialement attendue fin 2024.
Vers des régimes alimentaires plus équilibrés
La stratégie nationale vise une « évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du Programme national nutrition santé (PNNS) ». Elle recommande ainsi une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, tout en appelant à une consommation « suffisante mais limitée » de poisson et de produits laitiers.
Concernant la viande, le document préconise donc une limitation de la consommation, associée à un effort particulier pour réduire la part des viandes importées. L’objectif affiché est double : améliorer la qualité nutritionnelle de l’alimentation et réduire l’empreinte environnementale du système alimentaire.
Un enjeu climatique majeur
L’alimentation représente près d’un quart de l’empreinte carbone des Français, selon les données officielles, dont 61 % proviennent des produits d’origine animale. La stratégie s’inscrit ainsi dans la continuité des engagements issus de la Convention citoyenne pour le climat et de la loi Climat et résilience adoptée en 2021.
Censé servir de feuille de route jusqu’en 2030, le document entend concilier impératifs de santé publique, transition écologique et acceptabilité sociale. Un exercice délicat, tant les habitudes alimentaires et les filières agricoles constituent des sujets sensibles.
Des arbitrages politiques sous tension
Les discussions autour de la place de la viande ont été particulièrement âpres. Le ministère de la Transition écologique défendait initialement l’idée d’une « réduction » claire de la consommation de viande, tandis que le ministère de l’Agriculture plaidait pour une approche plus graduée, centrée sur la notion de limitation. Le choix final de cette dernière formulation avait déjà provoqué, à l’automne, un premier blocage de la publication du texte par Matignon, qui envisageait alors de parler de « consommation équilibrée de viande ».
En novembre, la cellule investigation de Radio France avait également révélé que la mention d’une limitation des produits ultra-transformés avait été retirée d’une version précédente du document, entraînant un nouveau report.
Une stratégie attendue, mais déjà controversée
Avec cette publication, le gouvernement clôt un long feuilleton, sans pour autant éteindre les controverses. Si la stratégie affiche une volonté de transformation progressive des modèles alimentaires, certains acteurs de la société civile estiment les orientations insuffisamment contraignantes au regard des enjeux sanitaires et climatiques. À l’inverse, des représentants du monde agricole redoutent que ces recommandations n’alimentent une stigmatisation de certaines filières.
Entre santé publique, climat et acceptabilité économique, la stratégie nationale pour l’alimentation trace une ligne d’équilibre fragile. Reste désormais à savoir comment ces orientations se traduiront concrètement dans les politiques publiques et dans les pratiques alimentaires des ménages d’ici 2030.
Avec AFP

