Compléments sportifs au Maroc : l’AMMPS signale des produits non autorisés et des substances interdites

Le marché marocain des compléments alimentaires sportifs se développe avec l’essor des salles de sport et des ventes sur les réseaux sociaux, mais les circuits informels compliquent la vérification de l’origine et de la composition des produits.
Dans une enquête publiée par TelQuel, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) indique avoir identifié plusieurs irrégularités. Elles comprennent la vente de produits non autorisés échappant aux procédures d’enregistrement et de contrôle, des allégations commerciales sans fondement scientifique, un manque de transparence sur les ingrédients et des importations informelles, notamment via les plateformes numériques.
L’agence affirme également que ses opérations de surveillance ont détecté des substances non déclarées ou interdites dans plusieurs compléments sportifs. Ces ingrédients peuvent présenter des risques pour la santé, en particulier en cas de consommation excessive ou sans suivi médical.
Un enregistrement préalable obligatoire pendant cinq ans
Selon les informations communiquées par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) à TelQuel, l’enregistrement des compléments relève de la circulaire conjointe n° 834 du 14 novembre 2023.
Avant leur mise sur le marché, les produits doivent obtenir un enregistrement préalable auprès de l’AMMPS. Les demandes sont examinées par une commission technique réunissant des représentants du secteur de la santé et de l’ONSSA. Le certificat accordé est valable cinq ans.
Les établissements de fabrication doivent également disposer d’une autorisation sanitaire de l’ONSSA conformément à la loi n° 28.07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires.
Les produits fabriqués au Maroc doivent afficher leur numéro d’enregistrement et le numéro d’autorisation sanitaire de l’ONSSA. Les produits importés doivent mentionner leur numéro d’enregistrement ainsi que le nom et l’adresse de l’importateur.
Des ventes informelles sur les réseaux sociaux
L’enquête relève que certaines pages de réseaux sociaux commercialisent des compléments en ne fournissant qu’un numéro de téléphone ou un contact WhatsApp.
Un distributeur interrogé sous couvert d’anonymat affirme qu’une partie du marché est alimentée par la contrebande et par des plateformes numériques non réglementées. Des produits d’origine inconnue ou ne répondant pas aux normes de qualité peuvent ainsi circuler en dehors du cadre légal.
L’AMMPS précise que lorsqu’elle repère des compléments non enregistrés vendus sur le marché ou en ligne, elle transmet le dossier au parquet avec les éléments nécessaires à l’ouverture d’une enquête et d’éventuelles poursuites.
Des estimations très divergentes sur la taille du marché
Les données officielles consolidées sur la taille du secteur ne sont pas disponibles. Les estimations citées par TelQuel vont d’environ 900 millions de dirhams en 2023 à une fourchette de 2 à 3 milliards de dirhams.
Cet écart illustre la difficulté à mesurer une activité dont une partie reste informelle.
L’enquête rapporte également des témoignages sur des produits dégradés ou proches de leur date d’expiration qui seraient remis en circulation par certains canaux. Ces pratiques sont présentées comme des allégations de professionnels et de membres de la société civile interrogés, et non comme des faits judiciairement établis.
Une proposition de loi pour certains compléments
Des parlementaires ont interrogé le ministère de la Santé et de la Protection sociale sur la vente de médicaments et de compléments alimentaires par les plateformes numériques.
Une proposition de modification de la loi n° 17.04 portant Code du médicament et de la pharmacie prévoit de placer sous l’autorité des pharmaciens les compléments ayant des effets pharmacologiques et d’imposer un conseil professionnel avant leur vente.
Cette orientation est contestée par certains professionnels du secteur, qui estiment que la priorité doit porter sur la contrebande et l’application effective des règles existantes.
