
La substitution aux importations ne garantit pas, à elle seule, une création supplémentaire de valeur au Maroc. Dans une analyse consacrée à la politique industrielle, l’économiste Oussama Attahir alerte sur le risque de protéger un intrant produit localement sans mesurer les conséquences de son renchérissement pour les entreprises qui l’utilisent.
Toutes les importations n’ont pas la même fonction
L’analyse distingue les produits importés destinés à la consommation finale des biens intermédiaires nécessaires à la production nationale. Une partie de ces achats extérieurs alimente les entreprises marocaines qui transforment, produisent et exportent.
Lorsque la protection d’un fournisseur installé en amont augmente le prix de la matière première, elle peut alourdir les coûts de revient des industriels situés en aval, réduire leurs marges et limiter leur capacité à gagner de nouveaux marchés. Le soutien accordé au premier maillon de la chaîne devient alors un coût pour les suivants.
La sidérurgie illustre le risque pour l’aval
L’exemple des tôles d’acier laminées à chaud est cité pour illustrer cette tension. Les mesures destinées à protéger la production en amont ont suscité les inquiétudes de la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques, dont les membres redoutaient une hausse du coût de leurs matières premières.
L’automobile comme modèle de compétitivité globale
À l’inverse, le développement de l’industrie automobile marocaine est présenté comme le résultat d’un environnement construit autour de la compétitivité de l’ensemble de l’écosystème : infrastructures, zones industrielles, formation ciblée et accès au foncier.
Dans cette logique, une chaîne de valeur ne devient pas compétitive parce qu’elle est intégrée. Son intégration résulte de la compétitivité de chacun de ses maillons. La politique industrielle devrait donc évaluer les effets sur l’aval avant de favoriser la production locale d’un intrant.
Une souveraineté fondée sur la maîtrise des dépendances
La souveraineté industrielle ne signifie pas l’autarcie. Elle consiste à identifier et maîtriser les dépendances stratégiques tout en donnant aux producteurs marocains les moyens de vendre sur les marchés internationaux. Le Made in Morocco repose ainsi moins sur la difficulté d’importer que sur la capacité à rendre l’offre nationale plus compétitive.
Avec Le360
