
Le pouvoir d’achat ne se répare pas avec une seule mesure. Il dépend à la fois du salaire net, des pensions, des aides sociales, des factures contraintes et des prix réellement payés. Le PLF 2027 tente d’agir sur plusieurs de ces leviers, avec une question décisive: les gains annoncés résisteront-ils à la hausse du coût de la vie ?
Invité de l’émission « Saât Assaraha » sur 2M, Fouzi Lekjaa a détaillé un ensemble de mesures fiscales et sociales. Le seuil annuel de revenu imposable exonéré doit passer de 40.000 à 60.000 dirhams. En tenant compte des déductions légales, le gouvernement estime que les rémunérations nettes allant jusqu’à 10.000 dirhams par mois seront exonérées et que 87% des salariés et fonctionnaires ne paieront plus d’impôt sur le revenu.
Une baisse d’impôt dont l’effet dépendra du salaire
Les revenus supérieurs à 10.000 dirhams doivent également bénéficier du nouveau barème. Pour un salaire net de 11.000 dirhams, le gain annoncé atteint environ 500 dirhams dans une première étape. Les exemples avancés par le ministre font état d’un allègement annuel de 3.420 dirhams pour une rémunération mensuelle de 20.000 dirhams et de 4.769 dirhams à 25.000 dirhams.
Le taux supérieur ne sera toutefois pas ramené à 20%. Le gouvernement considère qu’un tel niveau créerait un écart trop important avec la fiscalité des entreprises et favoriserait des arbitrages entre rémunérations, dividendes et bénéfices. Pour le contribuable, le vrai bilan devra donc être établi fiche de paie en main, puis comparé à l’évolution des prix et des charges du ménage.
La pension minimale fixée à 1.700 DH dès janvier
À compter du 1er janvier 2027, la pension minimale doit atteindre 1.700 dirhams par mois. Elle devrait ensuite être portée à 2.000, puis 2.500 dirhams, avant d’atteindre 3.000 dirhams au terme de la législature. Près de 500.000 retraités sont concernés, pour un coût annuel estimé entre 3 et 3,3 milliards de dirhams, financé par le budget de l’État.
La pension de réversion versée aux veuves doit, elle, passer de 50% à 100% de la pension du conjoint décédé. La mesure concernerait environ 431.000 femmes et représenterait 7,3 milliards de dirhams par an. Le bénéfice de la pension entière cesserait en cas de remariage.
Ces revalorisations répondent à une urgence sociale, mais elles ne règlent pas encore la soutenabilité générale des régimes. Les études techniques sur la réforme des retraites sont annoncées comme achevées ; les arbitrages politiques sur les cotisations, l’âge de départ et l’équilibre des caisses restent à rendre.
De 600 à 1.000 DH pour l’aide sociale directe
L’aide sociale minimale passera de 500 à 600 dirhams en janvier 2027, puis augmentera de 100 dirhams par an pour atteindre 1.000 dirhams en 2031. Plus de quatre millions de ménages, représentant plus de douze millions de personnes, bénéficient actuellement du dispositif. Chaque relèvement annuel de 100 dirhams coûterait près de trois milliards de dirhams.
Le ciblage doit aussi évoluer. Le revenu réel des familles remplacera progressivement certains indicateurs de consommation du Registre social unifié. L’achat ponctuel d’un téléphone ne devrait donc plus suffire à écarter un ménage. La reprise d’un emploi ne doit plus entraîner automatiquement la suppression immédiate de l’aide.
Ce changement corrige une faiblesse importante du système : une allocation censée favoriser l’insertion ne peut devenir une pénalité au retour à l’emploi. Il faudra néanmoins connaître les règles exactes de déclaration, de contrôle et de recours pour mesurer la protection réelle contre les exclusions injustifiées.
Électricité, carburants et prix alimentaires
Le gouvernement prévoit une aide de 100 dirhams pour près de six millions d’abonnés à l’électricité dont la facture mensuelle reste inférieure à ce montant, soit environ 60% des ménages. Présentée sur une année complète, cette prise en charge représente jusqu’à 1.200 dirhams.
Du côté des recettes, le taux d’impôt sur les sociétés applicable aux grands distributeurs de carburants réalisant plus de 100 millions de dirhams de chiffre d’affaires doit passer de 35% à 40%. Le plafonnement des marges reste cependant en débat, tandis que le ministre écarte un retour aux subventions généralisées des carburants.
Sur l’alimentation, l’exécutif annonce six sociétés régionales de collecte, de commercialisation et de distribution ainsi que la modernisation de douze marchés de gros. L’objectif est de réduire les marges entre producteur et consommateur. L’exemple avancé est celui d’une viande importée autour de 60 dirhams le kilo et vendue au-delà de 120 dirhams sur certains étals.
Mais une nouvelle structure ne fera baisser les prix que si elle réduit réellement le nombre d’intermédiaires, publie les prix aux différents maillons et améliore le stockage et la chaîne du froid. Sans transparence sur les volumes, les coûts et les marges, la réforme risque de déplacer le problème au lieu de le résoudre.
Un budget social sous contrainte
Le PLF repose sur une croissance de 3,7% en 2027, après 4,7% attendus en 2026, avec une récolte céréalière moyenne de 70 millions de quintaux. Le déficit budgétaire est projeté à 3% du PIB et la dette du Trésor à 66,9% du PIB. Le gouvernement reconnaît que le renchérissement de l’énergie pourrait retirer un point de croissance.
Le rappel est essentiel : les annonces fiscales et sociales ne valent pas encore résultat. Leur portée dépendra de l’adoption du texte, de ses décrets d’application, de la capacité administrative à cibler les bénéficiaires et, surtout, de l’évolution des prix. Pour le consommateur et le contribuable, l’indicateur final restera le revenu disponible après logement, alimentation, transport, santé et énergie.
