Moroccan Consumer Day 2026

Paiement instantané La vitesse au service de la confiance

Accélérer les paiements sans fragiliser la confiance : c’est l’un des grands défis de la transformation monétique marocaine. Si les commerçants réclament des règlements quasi immédiats pour améliorer leur trésorerie, cette instantanéité ne pourra s’imposer qu’à condition de garantir un parcours de paiement fluide, sécurisé et protecteur pour toutes les parties. Entre innovation technologique, évolution des infrastructures et exigence de confiance, les acteurs du secteur dessinent les contours de la prochaine étape de la révolution des paiements.

Pour les petits commerçants, le choix du cash répond avant tout à des contraintes de trésorerie. Les paiements par carte étant crédités avec plusieurs jours de décalage, beaucoup privilégient encore les espèces afin de pouvoir réapprovisionner leurs stocks quotidiennement. C’est précisément ce frein qu’ont identifié les acteurs réunis lors du Moroccan Consumer Day. « Les petits commerçants ont besoin de leur trésorerie. Ils commandent leurs marchandises tous les jours. Ils ne peuvent pas attendre 48 heures, encore moins 72 heures, pour recevoir leur argent » a souligné Moulay Ahmed Ouazzani, représentant de Damane Payment. Pour Zakia Eddariy, Directrice générale de CDM Pay, l’enjeu n’est plus seulement de proposer un moyen de paiement supplémentaire mais d’offrir au commerçant la même disponibilité financière qu’avec le cash : « Si l’on veut accélérer l’adoption des paiements digitaux, il faut répondre aux besoins des commerçants. Cela passe par la disponibilité immédiate de leurs transactions. » Même constat du côté de Switch Al-Maghrib. Son directeur des opérations, Mehdi Ouadou, estime que l’instantanéité constitue désormais un levier majeur de transformation du marché.
Pour convaincre les commerçants, le paiement digital doit répondre à deux attentes concrètes : diminuer le coût perçu et accélérer la disponibilité des fonds. Moulay Ahmed Ouazzani rappelle que le coût invisible du cash (gestes, erreurs, risques, temps) est souvent supérieur à la commission affichée. Réduire l’interchange (0,50% à compter d’octobre 2026) est donc une mesure utile mais insuffisante sans outils d’équipement à faible coût (SoftPOS) et sans accélération du règlement. Zakia Eddariy le rejoint : « L’immédiateté de la disponibilité des fonds est un levier d’adhésion majeur pour le commerçant. »
Au-delà de la rapidité, les intervenants rappellent toutefois que cette évolution devra préserver le niveau de sécurité offert aujourd’hui par les réseaux monétiques. « Il faut penser à un paiement instantané dans un véritable circuit de paiement qui protège à la fois le commerçant et le client », poursuit Mehdi Ouadou. Cette problématique explique pourquoi l’ensemble des réformes actuellement engagées (baisse progressive des commissions, développement du SoftPOS, généralisation du paiement instantané, interopérabilité des systèmes et modernisation des infrastructures) poursuivent un même objectif : rendre le paiement électronique aussi simple, aussi rapide et aussi liquide que le cash, tout en offrant davantage de sécurité, de traçabilité et de services.

La confiance, colonne vertébrale du système
Dans le paiement digital, la confiance est la condition de fonctionnement du système. Sans cette dernière, ni les consommateurs ni les commerçants n’acceptent durablement la dématérialisation. Mohamed Bourazza, directeur Compliance du groupe HPS, l’a formulé clairement : « L’expérience client et la sécurité sont parfaitement compatibles ». Selon lui, la bonne approche consiste à traiter les opérations selon leur niveau de risque afin de n’imposer de fortes frictions qu’aux transactions réellement suspectes et de préserver la fluidité du parcours pour les paiements ordinaires. A ce sujet, l’intelligence artificielle est utile pour détecter les schémas frauduleux.
De son côté, Mehdi Ouadou, de Switch Al-Maghrib, rappelle que la résilience ne se décrète pas : « Dire que les infrastructures sont prêtes ne veut pas toujours dire qu’elles sont figées comme pour toujours. C’est du travail et de l’amélioration au quotidien ». La confiance du public repose autant sur la robustesse technique que sur la capacité de l’écosystème à maintenir, tester et adapter en permanence ses infrastructures. Il met aussi en exergue la nécessité de l’interopérabilité de la supervision de la fraude. En effet, si chaque acteur surveille en silo, les fraudeurs trouveront les failles. Il propose donc une logique de monitoring centralisé, complémentaire aux dispositifs internes des acteurs, pour capter les comportements anormaux sur l’ensemble des flux.
Cette confiance se construit aussi dans la qualité du recours et de la réponse lorsqu’un problème survient. Madih Ouadi, Président de la Fédération Nationale des Associations du Consommateur (FNAC), insiste sur ce point : le consommateur doit disposer de « mécanismes de recours clairs, rapides, gratuits et accessibles ». Il souligne que les litiges qui s’éternisent pendant des mois détruisent la crédibilité du système, surtout lorsqu’un client voit son argent prélevé sans solution immédiate. Il appelle à une harmonisation et une simplification des procédures de réclamation. C’est aussi pour cela qu’il appelle à revoir la « médiation bancaire » afin de la rendre « plus accessible, plus rapide et plus confiante ». Créé en mars 2014, le Centre Marocain de Médiation Bancaire (CMMB) a pour mission le règlement à l’amiable des différends nés ou pouvant naître entre la clientèle et les établissements de crédit. « Ce dispositif de médiation ne se substitue pas au traitement par les établissements de crédit des réclamations de leur clientèle, mais intervient après épuisement des recours internes au niveau de ces derniers. Le client doit obligatoirement saisir son établissement de crédit du différend qui l’y oppose avant de saisir le CMMB », lit-on sur le site de Bank Al-Maghrib. Dans le même esprit, Mohamed Adnane Boutaib, responsable du service études et projets de Bank Al-Maghrib, rappelle que la stratégie du régulateur repose sur des piliers qui « portent sur la confiance, […] la durabilité, mais un élément très important est celui de la sécurité ».
Si la sécurité demeure indispensable, elle ne suffit plus à convaincre les utilisateurs. La confiance se construit au fil d’une expérience simple, cohérente et sans friction. Hazim Sebbata, directeur général de ScreenEdge, rappelle que la confiance est un capital fragile : « La confiance se mérite. Elle se construit goutte après goutte, mais lorsqu’elle se brise, elle disparaît d’un seul coup. » Pour lui, un parcours de paiement doit avant tout être prévisible : « Je dois obtenir exactement ce que j’attends de l’application. Je ne dois pas avoir de surprise, encore moins une mauvaise surprise. » La confiance n’est donc pas seulement une affaire de technologie : elle dépend de la réglementation, de la transparence, de la rapidité de traitement et de la capacité collective à faire en sorte que chaque acteur assume sa part de responsabilité.

SoftPOS: quand le smartphone devient un terminal de paiement

Longtemps réservé aux commerçants équipés d’un terminal de paiement électronique (TPE), l’encaissement par carte connaît une nouvelle évolution avec le SoftPOS (Software Point of Sale). Cette technologie permet de transformer un simple smartphone Android compatible NFC en terminal de paiement sécurisé, sans matériel supplémentaire. Concrètement, le commerçant télécharge une application dédiée sur son téléphone. Le client n’a plus qu’à approcher sa carte bancaire ou son smartphone du téléphone du commerçant pour régler son achat, exactement comme sur un TPE classique.
L’intérêt est avant tout économique. En supprimant l’achat ou la location d’un terminal physique, le SoftPOS réduit considérablement le coût d’entrée pour les très petites entreprises, les commerçants de proximité, les livreurs, les artisans ou encore les professions libérales.
Cette technologie, lancée récemment sur le marché marocain, doit toutefois relever un autre défi : gagner la confiance des consommateurs.
« Il faut accompagner les commerçants, mais aussi les utilisateurs. Demain, un livreur vous présentera simplement son téléphone pour encaisser le paiement. Il faudra que le client comprenne qu’il ne s’agit pas d’une arnaque mais d’un véritable terminal de paiement. » explique Moulay Ahmed Ouazzani de Damane Payment.

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