L’exposition “CINIMA 3” met en lumière les années polonaises d’une génération de cinéastes marocains

Ouverte à l’espace LE 18 “CINIMA 3” dévoile le parcours exceptionnel de cinéastes marocains, de Casablanca à Łódź en Pologne.

A partir de l’archive photographique de Abdelkrim Derkaoui, la chercheuse et commissaire indépendante Léa Morin a conçu CINIMA 3, une exposition qui nous mène à travers la vie et les réalisations de six cinéastes marocains qui ont étudié à l’école de cinéma de Łódź en Pologne :
Hamid Bensaid, Abdelkrim Derkaoui, Mostafa Derkaoui, Abdellah Drissi, Idriss
Karim et Abdelkader Lagtaa.

Le programme se concentre sur une période spécifique, entre les années 60 et 70, qui se définit par des mouvements anti-coloniaux de par le monde, qui inévitablement influencent la pratique de ces cinéastes militants. « Les années polonaises ont marqués durablement le cinéma des cinéastes marocains,” explique Morin, “c’est la première fois que les circulations entre la Pologne et les
cinéastes venus de ce qu’on appelait alors le « tiers monde » à l’école de Łódź dans les années 1960 et 1970, font l’objet d’une recherche.”

Pour apporter une nuance au contexte politique et culturel dans lequel émerge “la génération Łódź” de cinéastes marocains, le programme se déploie en trois axes : “Łódź-Casablanca,” “La Chambre” et “Alula, Tania, Talitha.” Le premier axe comme le titre l’indique, retrace la vie et les oeuvres des
étudiants marocains en cinéma à Łódź, dévoilant un incroyable archive de photographies, disques vinyle, posters et objets personnels.

Au vu de l’ampleur de l’archive, les organisateurs ont encouragé le public à voir et revoir l’exposition pour en acquérir la diversité et tout le sens.

L’archive est enrichie de plusieurs premiers films d’école visibles en installation vidéo au sein du 18. Selon la commissaire Léa Morin, “ces films n’ont jamais été vu auparavant”. En effet, ils révèlent une perspective marocaine rare sur la Pologne communiste et des clés de compréhension sur l’évolution de ces cinéastes et leur influence sur le cinéma marocain à leur retour à Casablanca.
Tandis que le deuxième axe de l’exposition “La Chambre” dévoile la magnifique photographie de Wiame Haddad, qui montre la reconstitution d’un instant ou un homme quitte son studio pour rejoindre une manifestation à Paris pour l’indépendance de l’Algérie en octobre 1961.

Alors que les deux premiers axes sont physiquement représentés dans l’espace, le troisième volet, “Alula, Tania, Talitha,” , consiste en un rdv régulier de  projections d’une série de films nord africains qui émergent de mouvements anticoloniaux et qui deviendront pour certains des travaux cinématographiques pionniers dans la région.

Entre autres le film de Mustapha Derkaoui “De Quelques Événements Sans Signification”, récemment retrouvé et restauré, ainsi bien d’autres films politiques produits par divers cinéastes nord africains tels que “Nationalité Immigré” (1976) de Sidney Sokhona, “Kanfoudi” (1978) de Nabyl Lahlou ou encore “La Zerda ou les Chants de L’Oubli” (1982) film algérien de Assia Djebar.

Bien que tous ces films et l’exposition elle même nous ramène à une époque pionnière du cinéma, Laila Hida, directrice de l’espace LE 18 insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas simplement de montrer ici un set d’artefacts historiques. Selon elle CINIMA 3 “amène avec lui un vent d’engagement artistique et politique voire de transgression pour nous rappeler que souvent le cinéma et l’art de manière générale sont autant les révélateurs des maux et dysfonctionnements de nos sociétés qu’ils sont porteurs d’utopie, de rêve et de la volonté de transformer le monde.  »
A l’attente générale du public et des organisateur, “CINIMA 3” a été lancé le samedi 26 septembre à Marrakech et restera visible jusqu’au 25 décembre 2020.

Cependant, considérant la situation du COVID-19, l’exposition et les projections ont été pensées dans un format hybride online et offline. L’accès aux événements publics requiert une inscription préalable. Ces mesures restreignent l’accès à un maximum de 20 personnes et assure une accessibilité en ligne pour ceux qui ne peuvent se déplacer.

Malgré les circonstances et la difficulté d’organiser un tel événement transnational durant la pandémie, Laila Hida s’est montré enthousiaste à l’accueil de l’exposition la soulignant comme un coup d’envoi pour la culture pendant cette période : “Ce premier événement qui ouvre la saison culturelle, alors que de nombreux espaces culturels, musées, théâtres et cinéma sont toujours fermés a été accueilli avec beaucoup d’émotion et d’enthousiasme de la part des visiteurs du 18 et même des personnes qui nous suivent depuis d’autres villes ou pays.

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