Le printemps de la souveraineté alimentaire

À la veille de l’ouverture du SIAM, le Maroc affiche un visage hydrique radicalement transformé. Après des années de stress chronique, le passage d’une gestion de la rareté à celle d’une volatilité extrême
impose une nouvelle lecture de la souveraineté alimentaire.
L’ambiance dans les allées du bassin de Sahrij Souani à Meknès s’annonce cette année sous le signe du soulagement, mais d’un soulagement vigilant. Alors que la 18ème édition du SIAM s’ouvre ce 20 avril 2026 sous le thème de la « Durabilité de la production animale et souveraineté alimentaire », les chiffres tombent comme une pluie salvatrice.
L’embellie des barrages : 74,4 % de remplissage
Les données arrêtées au 6 avril 2026 marquent un tournant historique : le taux de remplissage global des barrages du Royaume a bondi à 74,4 %, totalisant plus de 12,8 milliards de m³. À titre de comparaison, le pays suffoquait à peine à 25 % à la même période l’an dernier.
Cette « bouffée d’oxygène » est particulièrement visible dans les bassins du Nord et du Centre. Cependant, ce retournement hydrique ne s’est pas fait sans heurts. Le début de l’année 2026 a été marqué par des épisodes pluviométriques extrêmes, entraînant des inondations localisées dans le Gharb et le Loukkos, où près de 105 000 hectares ont été impactés.
Le paradoxe climatique : De la soif à l’excès
La contrainte agricole marocaine n’est plus seulement celle d’un déficit chronique. Elle devient celle d’une alternance violente. »Ce paradoxe force le Maroc à repenser sa souveraineté alimentaire : il ne suffit plus de « trouver » de l’eau, il faut désormais savoir dompter et stocker des apports massifs et soudains pour protéger les cultures et le bétail.
Cette résilience hydrique booste directement les prévisions économiques. Avec une production céréalière attendue à 82 millions de quintaux, la croissance du PIB national devrait s’envoler à 5,6 % en 2026, portée par une valeur ajoutée agricole en hausse de 15 %.
Souveraineté animale : Le défi de l’autonomie
Le thème du SIAM 2026 n’a pas été choisi au hasard. Si l’eau abonde, la filière animale reste sous pression. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un cheptel de 35,8 millions de têtes (ovins, bovins, caprins et camelins) entièrement recensés dans une base de données centralisée.
L’enjeu de cette édition sera de transformer cette disponibilité hydrique en autonomie protéique. Malgré les pâturages régénérés par les pluies, le Royaume reste tributaire des importations pour l’alimentation de son bétail (soja, maïs). La durabilité passera donc par l’innovation. Plus de 3 milliards de dirhams déjà versés à 714 000 éleveurs pour stabiliser les prix.
Le Portugal, invité d’honneur de cette édition, apportera son expertise sur l’intensification durable en zone méditerranéenne. Pour le Maroc, le SIAM 2026 n’est pas seulement une célébration du retour de la pluie, mais le point de départ d’une stratégie où la souveraineté alimentaire se construit sur la maîtrise technologique de l’aléa climatique.
Chiffres Clés
74,4 %
Taux de remplissage des barrages (avril 2026).
+15 % Croissance attendue de la valeur ajoutée agricole.
35,8 millions Têtes de bétail suivies numériquement.
82 millions
Quintaux de céréales prévus pour la récolte 2025/26.