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Flexibilité du dirham : décryptage d’un cafouillage inattendu! (Papier d’analyse)

A près de 80 ans, Abdellatif Jouahri était sur le point d’achever la plus importante réforme de sa carrière : l’introduction du régime de change flexible. Tout se passait bien, un peu trop beau peut être pour le rester. Presque aucune résistance au changement, un public complètement désintéressé (trop pris par les événements du Rif et le Ramadan!) et une presse à la curiosité découragée par le caractère trop technique de la question.

Dans ce décor, la conférence de presse conjointe BAM-Ministère des Finances devait être une simple formalité ou, au mieux, une messe de consécration, la soirée des « Oscars » où le Wali de la Banque Centrale décroche le graal de sa vie.

RDV donné le jeudi 29 avril 2017 à 15h30 au siège de BAM. Le 28, tard dans la soirée, un courrier tombe : la conférence est reportée. « Vous serez informés de la nouvelle date de cette rencontre dès qu’elle sera arrêtée », indique sur un ton expéditif le message BAM annonçant par ailleurs le début d’un grand cafouillage.

Depuis, aucune information ne filtre hormis des vidéos pédagogiques de la Banque Centrale et un curieux débat qui commence à faire surface sur la répartition des compétences en matière de change entre BAM et le ministère des Finances. On le sait bien, jusque-là Jouahri a toujours eu un pouvoir quasi-exclusif sur tout ce qui est banque et monnaie. Bien qu’il soit le département de tutelle, le ministère des Finances a souvent fait dans la coopération ou l’assistance pour ne pas dire dans la figuration.

Est-ce que cette question (friction) de circonstance était derrière le chamboulement de dernière minute de l’agenda du change flexible? Aucune réponse ne filtre.

Samedi 1er juillet, Saad Eddine El Othmani, le très silencieux chef du gouvernement, est annoncé en émission spéciale sur les principales chaînes publiques. Sa sortie médiatique très attendue, qualifiée de « ratée » par Jeune Afrique, sera en effet d’un contenu du plus banals.

Mais elle permettra néanmoins d’avoir quelques clés de lecture de la saga change flexible. Plus à l’aise sur les questions morales et théologiques que sur l’économie, El Othmani ne s’empêchera pas (peut être pour donner du crédit à son propos) de révéler des détails inédits sur ce volet, des infos jusque-là gardées jalousement secrètes par les technocrates bien chevronnés de BAM et des Finances.

Première info de taille : la bande de fluctuation du dirham : entre -2,5% et 2,5%. Ok.

Deuxième info de taille : le report sine die de l’entrée en vigueur du régime en question. Waw !

Troisième info de taille : cette décision revient au gouvernement et non à la Banque Centrale. Jouahri et ses équipes devront se consacrer (se contenter?) aux paramétrages techniques de la problématique. Sic !

Serait-ce un désaveu qui ne dit pas son nom du style, voire du personnage Jouahri? Une invitation indirecte à prendre sa retraite? Tirer de telles conclusions à partir du peu d’informations dont on dispose serait partir trop vite en besogne.

Loin de ces considérations politiques avec un petit p (comme dirait Chirac), il y a tout de même des éléments d’ordre macro-économiques plus sérieux à prendre en considération.

Il s’agit en particulier des réserves de change, ce matelas de devises par lequel on mesure la capacité d’une monnaie à faire face aux chocs exogènes.

Le Maroc, via BAM, affichait jusque-là une sérénité déconcertante quant à la solidité de ses réserves de change. Six mois d’importations sont dans la poche! Mais, en seulement quelques mois, la cagnotte va fondre comme neige perdant 25 milliards de dirhams entre mai et juin. Cela alors que sur une période de 6 mois, le total consommé n’est « que » de 33 milliards. Un phénomène jamais vécu depuis 2012 d’après L’Economiste du 28 juin (http://www.leconomiste.com/article/1014216-changes-le-spectre-de-2012-ressurgit-sur-les-reserves).

Il ne fait pas de doute, le dirham a subi des attaques très violentes à l’approche de l’entrée en vigueur du régime flexible. En effet, anticipant une dévaluation du dirham, les acteurs du marché ont pris une position courte vis à vis de la monnaie nationale provocant une sortie trop importante de devises. Il n’en fallait pas plus pour faire sortir le Wali de Bank Al Maghrib de ses gonds. « http://Abdellatif Jouahri tance les banques accusées de spéculer sur le dirham« , titrera ledesk.ma au lendemain de la tenue du Conseil de BAM le 20 juin 2017.  «Pas de dévaluation du dirham… Nous ne sommes pas en situation de crise… La crédibilité de la Banque centrale est en jeu…», rapporte de son côté le Reporter ( Flexibilité et dévaluation du Dirham : Le coup de colère de Abdellatif Jouahri.)

On le voit bien, Jouahri en fait une affaire personnelle, c’est la réforme de sa vie nous vous disons !

Au jour d’aujourd’hui, c’est le flou total. Il est dit par ci par là que ce dossier est désormais géré au niveau du cabinet du Chef du Gouvernement. C’est une façon politiquement correcte de dire qu’il sera en veilleuse le temps que les différents acteurs concernés (BAM, Finances, GPBM) reviennent à une situation d’équilibre plus raisonnable.

Othman Benjelloun, l’autre homme fort de la finance au Maroc, a fait part au site medias24.com de son intention de publier un communiqué de presse sur la question. Une position très attendue qui devra tomber dans les prochaines 24 heures.

Quant à Ssi Abdellatif Jouahri, comme les ministres du gouvernement, l’été ne lui sera pas de tout repos. Du pur plaisir pour ce haut commis d’Etat habitué aux grands combats.

A suivre.

 

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