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Stress hydrique: l’ombre d’une soif généralisée plane sur le Maroc

Avec 650 m3/hab/an, le Maroc ne peut plus compter sur ses ressources naturelles

La situation de l’eau au Maroc devient de plus en plus inquiétante. Elle fait les frais du changement des conditions climatiques avec la succession de périodes de sécheresse ou de répartition disparates de la pluviométrie entre régions. En dépit de tous les efforts entrepris pour gérer l’eau de manière efficace, beaucoup reste à faire pour limiter ce stress hydrique que vit le pays et qui va crescendo. Il est à noter que le stress hydrique est exprimé dès lors que les disponibilités en eau douce passe sous la barre de 1 000 m3/hab/an. Le Maroc en est actuellement à 650 m3/hab/an et devrait atteindre 500 m3/hab/an, à l’horizon 2030, selon les estimations de la Banque mondiale.
Cela dit, la pluviométrie est indulgente envers le pays en cette année. Le taux de remplissage des barrages, au 10 mars, s’élève à 50,8%, soit l’équivalent de 8171,7 millions de m3. «L’on peut dire qu’en cette année, les pluies sont bien réparties entre les régions, avec toutefois un excédent au Nord et un léger déficit toujours enregistré au niveau du Sud. Avec ces disponibilités actuelles qui sont pour le moins satisfaisantes, le pays peut assurer ses besoins de l’année en cours et même entamer une bonne partie de l’année prochaine», explique Rachid Doukkali, ex-professeur à l’IAV et à l’Université polytechnique
Mohammed VI. Selon Ahmed El Bouari, directeur de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole, au ministère de l’agriculture, intervenant lors d’un webinaire portant sur une agriculture irriguée pérenne et organisée par l’IAV : «La situation est disparate. A l’exception des bassins Nord et Nord Ouest (Loukkos et Sebou) qui disposent de ressources en eau permettant de satisfaire la demande agricole, les autres enregistrent toujours des déficits (Melouia, Tadla, Lhaouz, Souss…)». Ainsi, les volumes d’eau alloués à l’irrigation ne permettent pas de couvrir la totalité de la superficie aménagée. Actuellement, ils satisfont à peine 55% des besoins.
L’on croit, à tort, que l’agriculture est prioritaire en termes de satisfaction des besoins en eau. Il est vrai que ce secteur consomme beaucoup d’eau. Mais il n’en demeure pas moins qu’il se place en dernier lieu. Autrement dit, ce n’est qu’après la satisfaction de la demande de la population en eau portable (en assurant aussi des réserves équivalentes à 2 ou 3 années de consommation) et des besoins de différents secteurs, comme l’industrie, le tourisme, certains usages pour assurer le paysage urbain, que les besoins de l’agriculture sont satisfaits. D’ailleurs, «les barrages ne fournissent que 4 milliards de m3 d’eau au maximum à l’irrigation et ce, dans les années difficiles de sécheresse. Ils en procurent nettement moins évidemment pendant les années fastes», nuance notre professeur. «Plus clairement, ajoute notre source, l’agriculture est irriguée d’abord par les eaux souterraines, ensuite par les petites et moyennes hydrauliques et en dernier lieu par les barrages».
En gros, donc, l’agriculture est la 1ère à souffrir de cette raréfaction d’eau. D’où l’attention portée vers la valorisation de cette ressource. «Les niveaux de valorisation de l’eau d’irrigation sont très variables d’un périmètre d’irrigation à l’autre. Il varie de 22 DH/m3 à 1,7 DH/m3 avec une moyenne de 2,8 DH/m3 aux niveaux des périmètres d’irrigation de grande hydraulique», précise Mohamed Alamouri, président de la Comader, dans ce même webinaire. «L’irrigation, à travers le goutte-à-goutte, a permis de valoriser près de 2 milliards de m3 d’eau, dans la région de Tadla, par exemple», avance M. El Bouari.

Cette technique ne permet pas une économie d’eau, mais plutôt une meilleure valorisation, dans le sens, davantage de valeur ajoutée, de rendement et de qualité. En revanche, «l’irrigation gravitaire est caractérisée par une perte d’eau allant jusqu’à 50%, entre son prélèvement du barrage et son arrivage à la plante», souligne le Pr Doukkali. Et d’ajouter : «Ce constat est à relativiser, puisqu’il ne s’agit pas d’une perte sèche. En effet, l’eau perdue est récupérée par les nappes souterraines et contribue donc à leur alimentation». Chose que ne permet pas la technique du goutte-à-goutte. Elle contribue à relever le niveau et la qualité de la production, mais ne favorise pas l’infiltration de l’eau, pour le renouvellement des eaux souterraines.

Ces dernières, justement, sont surexploitées. Face au stress hydrique que vit le Maroc, les agriculteurs se rabattent sur ces eaux, dont la consommation reste incontrôlable, malgré l’existence de contrats de nappes, ou encore de police de l’eau. «Ces eaux souterraines qui constituent une sorte d’assurance en cas de sécheresse, sont renouvelables certes, mais pas en totalité. Les agriculteurs ne doivent prélever que ce qui est renouvelable. Certaines d’entre elles s’en trouvent même à un niveau alarmant», prévient le Pr Doukkali. Tel est le cas de la nappe de Berrechid qui est menacée d’assèchement. D’ailleurs, le ministère de l’agriculture œuvre, avec les parties concernées, à l’arrêt de toutes les autorisations de creusement ou de prélèvement pour le moment. Cette situation revient notamment à l’accès à cette eau qui est souvent libre et peu régulée. «Plusieurs dysfonctionnements sont enregistrés dont le développement des pompages au-delà des limites autorisées, l’absence de système de suivi pour recueillir les volumes prélevés et autorisés et la faible responsabilisation des usagers», se désole M.Alamouri. Somme toute, il est plus qu’urgent de trouver des solutions palpables et rapidement mises en place afin de pallier ces difficultés. Il faut dire que plusieurs actions ont été menées par le ministère de l’agriculture dans le cadre du PMV afin de limiter la surexploitation des nappes. Les interventions ont concerné El Guerdane à Agadir, Azemmour/Bir Jdid, au Saïss… Cela, à côté de programmes de formation dispensés auprès des agriculteurs pour assurer une gestion durable de la ressource.

Source: La VIe Eco

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