Carburant: les pétroliers victimes d’acharnement?

Le rapport Bouanou sur les prix du carburant au Maroc sera présenté officiellement demain au Parlement. Mais la fin de la semaine passée a été particulièrement marquée par la sortie d’articles détaillant ses principales conclusions.

A un moment où le boycott, d’Afriquia notamment, bat son plein, ce rapport sert de carburant pour alimenter davantage les polémiques et d’arguments aux tenants de la théorie de l’arnaque (sur le mode de la théorie du complot).

Qu’en-est-il d’après le rapport en question?

Le point nodal à vérifier pour s’assurer d’une pratique de prix dignes de vampires ou, au contraire, d’une politique certes prédatrice mais pas outre mesure, est la question des marges pratiquées.

Dans son dernier numéro, Tel Quel, qui a eu accès au rapport dans sa version première, rapporte que ses rédacteurs affirment qu’en matière de marges les pétroliers ont augmenté leur marge après libéralisation de 0,96 dirhams. Sachant que la marge légale du temps de la compensation était de 0,6 dirham cela signifie que le total de la marge pompée sur le prix de vente final est de 1,56 dirhams.  Ce que ne dit pas l’article est que dans le cas de l’essence la marge est inférieure aux 0,96 dirham (marge du gasoil), soit 0,76 d’après le rapport parlementaire.

L’intérêt du dossier Tel Quel est qu’il fait réagir une source du secteur. Tout en relativisant la formule de calcul de la commission Bouanou (appuyées sur des données désuettes), celle-ci explique que la marge pratiquée par les pétroliers est de 1 dirham soit une augmentation de 0,4 dirham par rapport à l’époque de la compensation.

Donc le consommateur a en gros le choix entre trois possibilités de marges: 0,6 DH; 1,56 ou 1 dirham.

La question qui se pose est la suivante: est-ce que les pétroliers n’auraient pas mieux fait de se contenter des 0,6 DH de marges même après décompensation?

Le rapport Bouanou transforme le Parlement en un simple cabinet d’études là où il devrait agir en instance de décision pour l’intérêt du citoyen

La réponse la plus évidente est que dans un marché libre ils ont tout intérêt à maximiser leurs marges. Et que le fait que le rapport Bouanou affiche une marge en explosion est à la limite un non sens car il transforme le Parlement en un simple cabinet d’études là où il devrait agir en instance de décision pour l’intérêt du citoyen. Faut-il rappeler que ce sont Bouanou et ses frères du PJD qui ont négocié et supervisé la mise en oeuvre de la politique de décompensation et de libéralisation des hydrocarbures?!

Autre grief formulé à l’adresse des pétroliers la non répercussion des baisses internationales sur les prix à la pompe. Une courbe tirée du rapport  en question montre une parfaite corrélation entre les évolutions des prix à l’international et à la pompe. Mieux, la marge qui était trop importante en 2016 après décompensation tende à se rétrécir progressivement démontrant que les prix pratiqués restent parfois stables même quand le brut augmente sur le marché international (voir graphs ci-dessous).

Evolution des prix de l’essence super après la libération des prix comparé au prix international
Evolution des prix du gasoil après la libération des prix comparé au prix international

Une fois réaffirmé le principe de libertés des prix, il faut interpeller l’autre volet sans lequel l’économie du marché ne serait que pure supercherie. Il s’agit de la concurrence, la vraie. Est-ce que l’Etat a aujourd’hui les moyens d’être sûr qu’il n’y a pas entente sur les prix entre les membres du GPM?

Autre moyen de vérifier la contestabilité d’un marché: les barrières à l’entrée. Est-ce qu’aujourd’hui il est aisé d’avoir de nouveaux opérateurs à la politique de prix agressifs et aux modes de fonctionnement alternatifs? Qu’en est il de tout l’arsenal des techniques de blocage indtititutionnel: agréments, autorisations, dossiers, paperasse, conditions de capital, etc.?

Ce qui peut être dit pour les carburants peut être également soulevé quant aux autres secteurs oligopolistiques de l’économie marocaine.

En conclusion, ce qui a été fait sur 30 ans interventionnisme FMI-iste acté par des décisions institutionnelles et des textes de loi formels ne peut être défait que via les institutions.

Le récent boycott a le mérite de reposer sur la table du débat le choix de société auquel les Marocains aspirent, un choix qu’on prenait pourtant pour définitivement résolu, à tort visiblement…