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Ikea face à la justice pour avoir espionné ses salariés

Le procès de la filiale française de l’enseigne d’ameublement s’ouvre, lundi 22 mars, devant le tribunal de Versailles. Elle est poursuivie pour collecte et recel de données à caractère personnel obtenu par des moyens frauduleux, déloyal ou illicite.

Après huit années d’instruction, le procès Ikea s’ouvre lundi 22 mars devant le tribunal correctionnel de Versailles. Antécédents judiciaires, train de vie, fréquentations : la filiale française du géant suédois de l’ameublement est accusée d’avoir obtenu illégalement des renseignements sur la vie personnelle de salariés et de candidats à l’embauche.

Sur le banc des accusés, l’ancien P.-D.G. Jean-Louis Baillot ; l’ancien directeur du département de la gestion des risques Jean-François Paris ; plusieurs directeurs de magasins ; des dirigeants de sociétés de sécurité privée ainsi que des représentants actuels d’Ikea France. Ils sont poursuivis pour la collecte et le recel « de données à caractère personnel contenues dans un fichier par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite » sur une période allant de 2009 à 2012, les faits antérieurs étant prescrits.

Cinq policiers ou anciens policiers comparaissent également pour « violations du secret professionnel » et « divulgations illicites d’informations personnelles ». Les prévenus encourent entre 1 et 10 ans de prison et l’entreprise une amende de 3,75 millions d’euros. Plus de quarante parties civiles – salariés et syndicats – seront représentées.

Des centaines de salariés surveillés

Tout démarre en février 2012 avec une première plainte, déposée par le syndicat Force ouvrière. Des centaines de mails échangés entre le directeur de la gestion des risques d’Ikea, Jean-François Paris, et des sociétés de sécurité sont remis à la police. Les enquêteurs y découvrent que le responsable d’Ikea commandait des renseignements sur des salariés, notamment sur d’éventuels antécédents judiciaires. Ces informations étaient obtenues grâce à des fichiers réservés aux forces de l’ordre, consultés par des contacts au sein de la police.

Des centaines de candidats à l’embauche, de salariés et parfois des clients auraient été victimes de ces pratiques depuis le début des années 2000. Dans les échanges de mail, Jean-François Paris s’intéresse, par exemple, à un salarié qui « roule en BMW décapotable neuve » et aurait « un train de vie supérieur à ses revenus ».

Il demande des renseignements sur « son casier judiciaire, son train de vie et un éventuel second compte en banque. » Une autre salariée, revenue « bronzée » d’un arrêt maladie, est soupçonnée de s’être rendue au Maroc. Les sociétés privées se sont arrangées pour fournir à Ikea une copie de son passeport.

« Je me sentais suivi »

Adel Amara était représentant syndical au magasin Ikea de Franconville (Val-d’Oise). En 2010, il a lancé une grève, très suivie au sein des magasins de l’enseigne, pour demander l’amélioration des conditions de travail et une augmentation des salaires. À partir de là, tout a changé pour lui. « Je me sentais suivi. Au travail, la direction me faisait du rentre-dedans tous les jours. Je sentais qu’on voulait me faire craquer », raconte-t-il.

L’instruction a découvert un audit commandé la même année par Ikea à une société de surveillance pour « la mise en place d’une enquête discrète et complète sur Adel Amara afin de définir ses moyens d’existence et les trafics ou violences auxquels il se livre peut-être. »

« Ma vie c’était boulot-maison, se défend Adel Amara, je n’avais rien à cacher. » Quand il découvre que deux de ses collègues sont en réalité des agents de sécurité infiltrés, c’est le coup de massue : « Une fausse caissière rapportait tout ce qu’on disait entre salariés à la direction. Ce qu’on avait mangé la veille, où on allait partir en vacances et forcément parfois des questions syndicales… » En 2012, Adel Amara a été licencié pour « harcèlement » envers ses supérieurs.

« Un système d’espionnage institutionnalisé »

« Tout l’enjeu de ce procès va être de démontrer que ce système d’espionnage était institutionnalisé et que ce n’était pas des initiatives isolées de certains directeurs, souligne l’avocate Anne-Solène Bouvier, collaboratrice de Sofiane Hakiki qui défend les salariés CGT d’Ikea.

« C’est juridiquement et matériellement faux, soutient Emmanuel Daoud, l’avocat d’Ikea France. Après la découverte des faits, l’entreprise a réagi immédiatement par la création d’une direction juridique, la formation des collaborateurs à la protection des données personnelles et a revu ses procédures de recrutement ».

La société a licencié trois anciens dirigeants impliqués dont Jean-Louis Baillot. Au cours de l’instruction, ce dernier a affirmé « ne pas être au courant d’un système d’espionnage ». Jean-François Paris, assure au contraire que ce dernier avait été « mis en place à la demande de la direction », pour un coût annuel de 500 000 à 600 000 euros.

Source: Lacroix.com 

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