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Des lunettes pour freiner la myopie

Comment ralentir la myopie chez les enfants ? La question est cruciale, car c’est en agissant dès le plus jeune âge qu’on peut réduire le risque de myopie forte et les complications corrélées à l’âge adulte.

Jusque-là, les tentatives de réduction de la myopie – qui remontent à plus de trente ans – avec des verres, puis des lentilles, à double foyer ou multifocaux n’avaient pas donné de grands résultats.

Une nouvelle technologie optique

Tout pourrait changer avec l’arrivée de nouveaux « verres freinateurs ». Deux verres de lunettes à la technologie révolutionnaire sont commercialisés en France : le Miyosmart du japonais Hoya, disponible depuis près d’un an chez plus de 3 000 opticiens, et le Stellest du français Essilor, en vente depuis juillet 2021.

Selon les premiers tests, ces verres freineraient d’au moins 60 % l’évolution de la myopie chez les enfants ayant une progression importante.

Un surcoût de 70 à 100 € par verre

Pour se procurer ces lunettes spéciales, une ordonnance de l’ophtalmologiste est nécessaire ainsi qu’un suivi médical à six mois et à un an, afin de valider leur efficacité. Des réglages chez l’opticien sont conseillés pour que les verres restent bien centrés.

La technologie étant encore à l’étude, elle n’est pas remboursée par l’Assurance maladie mais peut l’être par la mutuelle. Le surcoût va de 70 à 100 € par verre par rapport à un verre correcteur classique.

Un surcoût qui en vaut la peine : limiter la progression de la myopie entraîne un changement moins fréquent de lunettes, ce qui revient moins cher en fin de compte.

Corriger l’hypermétropie périphérique

Mais quel est le secret de ces verres pour réduire la myopie ? Ils corrigent un aspect spécifique de l’œil myope : l’hypermétropie périphérique. Lorsque nous fixons un objet devant nous, nous utilisons notre vision centrale. C’est elle qui, chez l’œil myope, est corrigée avec des verres qui font reculer l’image située au centre de la rétine.

La vision centrale est complétée par la vision périphérique, moins détaillée et qui renseigne sur l’environnement de l’objet. Or, en vision périphérique, l’œil myope (en raison de sa forme ovale) focalise les images non pas en avant, mais en arrière de la rétine : c’est l’hypermétropie périphérique.

Pour tenter de la corriger, l’œil va continuer de s’allonger, ce qui accroît la myopie… puis l’hypermétropie périphérique.

Une constellation de microlentilles

Afin de casser ce cercle vicieux, les deux verriers ont cherché à corriger l’hypermétropie périphérique des myopes. Ils ont doté leurs verres respectifs d’une constellation de microlentilles autour de la zone centrale, 400 pour le Miyosmart de Hoya et 1 021 pour le Stellest d’Essilor.

Ils obtiennent ainsi une netteté de l’image en périphérie tout en conservant la correction de la myopie au centre. Et cela semble bien freiner le développement de la myopie. Les premières études sur ces verres, conduites en Asie, ont donné de très bons résultats. Hoya a mené de 2018 à aujourd’hui, en Chine, un essai clinique auprès de 183 enfants âgés de 8 à 14 ans avec son verre Miyosmart.

Les derniers résultats après trente-six mois d’étude confirment ceux obtenus au bout d’un an : une freination de l’ordre de 60 % de l’augmentation de la myopie en dioptries et, corrélativement, de l’allongement de l’œil. L’étude a été conduite en « double aveugle », autrement dit seulement la moitié des enfants, choisis au hasard, étaient équipés de ces verres.

Des résultats à confirmer en France

En France, la Pre Dominique Bremond-Gignac, cheffe du service d’ophtalmologie à l’hôpital Necker-Enfants malades, cherche à confirmer ces résultats par une étude observationnelle : dans ce cas, tous les enfants sont équipés des verres.

En effet, il est délicat de mener dans l’Hexagone des études en double aveugle pour des raisons éthiques – difficile d’équiper un enfant et pas un autre. « Je veux vérifier si c’est vraiment efficace dans le contexte européen, où l’œil est un peu différent », déclare l’ophtalmologiste.

Objectif : suivre 200 enfants pendant deux ans

Pour son étude démarrée en mars 2020, Dominique Bremond-Gignac a déjà recruté une quarantaine d’enfants âgés de 5 à 16 ans (avec une myopie de -0,5 à -5 dioptries). Son objectif est de suivre entre 160 et 200 enfants pendant deux ans en faisant appel à d’autres centres que l’hôpital Necker.

« Nous commençons par un premier examen approfondi où nous mesurons la longueur axiale de l’œil et où nous faisons un fond d’œil pour voir l’état de la rétine, explique la professeure. Puis, nous équipons les enfants avec les lunettes adaptées. Nous les suivons tous les six mois. Si on n’a pas besoin de changer leurs lunettes au bout de six à douze mois, alors qu’il le fallait avant, c’est que les verres sont efficaces. » Environ 9 000 enfants sont déjà équipés de verres Miyosmart en France.

« Les enfants s’y adaptent très vite »

Arrivé un an plus tard sur le marché, avec une technologie légèrement différente – des microlentilles asphériques –, Essilor a également réalisé une étude clinique en Chine auprès de 173 enfants âgés de 8 à 13 ans avec son partenaire, l’université de Wenzhou.

Au bout de deux ans, les résultats sont tout aussi convaincants que ceux du verre Miyosmart. « De plus, ils ne sont pas inesthétiques comme les verres freinateurs précédents, et les enfants s’y adaptent très vite, sans rencontrer d’effets secondaires », observe Arnaud Sauer, professeur des universités et praticien hospitalier au CHU de Strasbourg.

Source: 60millions-mag.com

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