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21,3 % de chômage en 2024 : Le Maroc face à des fractures économiques, sociales et démographiques

Le Maroc, en 2024, traverse des transformations profondes à plusieurs niveaux : économique, démographique et éducatif. Ces évolutions, révélées par les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), mettent en évidence des défis majeurs à relever pour assurer un développement équilibré et inclusif.

5 millions de Marocains de plus de 60 ans en 2024 (HCP, RGPH) : un défi démographique majeur

Au 1er septembre 2024, la population légale du Royaume du Maroc atteint 36.828.330 habitants, marquant une augmentation de 2,98 millions par rapport à 2014. Ce chiffre illustre un ralentissement notable de la croissance démographique, avec un taux annuel moyen de 0,85%, bien en deçà du 1,25% observé entre 2004 et 2014. Ce changement soulève des questions sur l’évolution des dynamiques sociales, économiques et démographiques dans le pays.

Une urbanisation en progression continue

L’urbanisation joue un rôle clé dans cette croissance démographique. En 2024, 62,8% de la population vit en milieu urbain, contre 60,4% en 2014. Cette progression s’explique par l’expansion des grandes régions comme Casablanca-Settat, qui abrite 7,69 millions de personnes, et Rabat-Salé-Kénitra, avec 5,13 millions. Les régions rurales, en revanche, stagnent avec un accroissement annuel moyen de seulement 0,22%. Cette disparité souligne l’attractivité des villes et la concentration des opportunités économiques dans les zones urbaines.

Une baisse historique de la fécondité

Le ralentissement de la croissance démographique s’explique largement par la baisse continue de la fécondité. L’Indice Synthétique de Fécondité (ISF) est passé de 2,5 enfants par femme en 2004 à 1,97 en 2024, franchissant pour la première fois le seuil de remplacement des générations (2,1). Cette diminution concerne autant les femmes urbaines (1,77 enfants) que rurales (2,37 enfants), reflétant des changements profonds dans les comportements matrimoniaux et l’utilisation accrue de la contraception.

Cette transition s’accompagne de phénomènes sociaux notables, tels que l’augmentation du célibat définitif (9,4% en 2024 contre 5,9% en 2014) et la hausse du taux de divorce, passé de 2,2% à 3,3%. Ces indicateurs révèlent des mutations dans les structures familiales et les aspirations individuelles, influencées par des facteurs économiques et culturels.

Un vieillissement accéléré de la population

L’une des tendances les plus marquantes est le vieillissement rapide de la population. Les personnes âgées de 60 ans et plus représentent 13,8% de la population en 2024, contre 9,4% en 2014. Cette tranche d’âge croît à un rythme annuel moyen de 4,6%, bien au-delà de la croissance globale. Les défis associés à cette transition démographique sont multiples, notamment en matière de santé, de protection sociale et d’adaptation des infrastructures.

Une réduction de la taille des ménages

Le nombre de ménages a progressé plus rapidement que la population, passant de 7,31 millions en 2014 à 9,28 millions en 2024. Par conséquent, la taille moyenne des ménages a diminué de 4,6 à 3,9 personnes. Cette évolution reflète des modes de vie plus individualisés, avec une diminution du nombre de personnes par foyer aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.

Vers une nouvelle dynamique démographique

Les chiffres de 2024 confirment que le Maroc est engagé dans une transition démographique avancée, marquée par un ralentissement de la croissance, une urbanisation accrue, une baisse de la fécondité et un vieillissement accéléré. Ces transformations redéfinissent les priorités du pays, notamment en matière de développement durable, d’aménagement urbain et de politiques sociales.

Ce ralentissement, bien qu’annonciateur de défis, offre également des opportunités pour planifier une croissance plus qualitative, en misant sur l’éducation, la santé, et l’innovation pour accompagner cette transformation démographique.

62,7% des enfants préscolarisés (HCP, RGPH) : vers un avenir plus équitable pour le capital humain au Maroc

 

L’éducation, pierre angulaire du développement humain et économique, connaît une progression encourageante au Maroc. Le récent rapport du Haut Commissariat au Plan (HCP) sur l’année 2024 dresse un tableau nuancé mais prometteur des avancées en matière de scolarisation et d’alphabétisation. Cette dynamique illustre les efforts déployés pour réduire les disparités socio-économiques, notamment entre milieux urbain et rural, et pour améliorer le capital humain national.

Des progrès constants dans la scolarisation des jeunes générations

L’année scolaire 2023-2024 marque une étape significative avec un taux de préscolarisation de 62,7 % pour les enfants âgés de 4 à 5 ans, réparti entre 66,8 % en milieu urbain et 56,9 % en milieu rural. Fait notable, la parité est quasiment atteinte entre filles (63,0 %) et garçons (62,5 %), témoignant d’une sensibilisation accrue à l’éducation des jeunes filles, traditionnellement moins priorisée dans certaines régions.

Pour les enfants âgés de 6 à 11 ans, le taux de scolarisation national a grimpé à 95,8 % en 2024, contre 94,5 % en 2014. Cette progression est particulièrement marquée parmi les filles rurales, avec une augmentation impressionnante de 90 % à 95,1 % en dix ans. La tendance est similaire pour les adolescents de 12 à 14 ans, avec un taux national passant de 84,1 % en 2014 à 92,8 % en 2024, soutenu par une réduction des écarts entre milieux urbains et ruraux.

Ces chiffres traduisent une politique proactive en faveur de l’éducation, malgré des défis persistants dans les régions les plus enclavées.

Une durée moyenne de scolarisation en hausse, mais des disparités régionales

La durée moyenne d’études pour la population âgée de 25 ans et plus est passée de 4,4 années en 2014 à 6,3 années en 2024, une avancée considérable. Cependant, cette amélioration masque des disparités importantes : alors qu’elle atteint 7,9 années dans les régions les plus développées comme Laâyoune-Sakia El Hamra, elle stagne autour de 4,9 années dans des régions comme Béni Mellal-Khénifra.

Ces écarts géographiques soulignent l’importance d’investir davantage dans les régions rurales et marginalisées afin de garantir une équité d’accès à l’éducation.

Réduction de l’analphabétisme : des efforts encore à intensifier

Le taux d’analphabétisme national a reculé de manière significative, passant de 32,2 % en 2014 à 24,8 % en 2024. Cette diminution est plus prononcée en milieu rural (de 47,5 % à 38 %) et parmi les femmes (de 42,1 % à 32,4 %). Toutefois, les régions comme Béni Mellal-Khénifra et Marrakech-Safi affichent encore des taux supérieurs à 28 %, illustrant la nécessité de politiques ciblées pour combler ces lacunes.

Le défi du capital humain dans une économie en mutation

Malgré les progrès notables, seulement 39,1 % des Marocains âgés de 25 ans et plus ont atteint au moins un niveau d’études secondaires collégiales en 2024. Cette proportion reste marquée par des inégalités : 50,4 % en milieu urbain contre seulement 18,1 % en milieu rural.

Les disparités entre hommes et femmes persistent également, bien que l’écart se réduise progressivement. Ces données soulignent le besoin d’un renforcement des efforts en matière d’éducation, particulièrement pour les populations féminines et rurales, afin d’assurer une contribution équitable de tous au développement socio-économique du pays.

Vers une stratégie plus inclusive et régionale

Alors que les avancées en matière de scolarisation et d’alphabétisation témoignent d’un engagement national louable, les inégalités régionales et démographiques persistent. La prochaine étape consiste à adopter une approche plus ciblée, renforçant l’accès à l’éducation dans les régions les plus défavorisées et parmi les groupes les plus vulnérables.

Dans un Maroc où les besoins d’une économie numérique et globalisée s’intensifient, l’investissement dans le capital humain reste le levier le plus prometteur pour réduire les inégalités et propulser le pays vers un développement durable et inclusif.

21,3 % de chômage en 2024 (HCP, RGPH) : Une fracture économique et sociale qui s’aggrave

 

En 2024, le Maroc fait face à un défi socio-économique majeur, le chômage atteint 21,3 %, marquant une hausse significative par rapport aux 16,2 % enregistrés en 2014. Ce chiffre alarmant reflète une crise structurelle du marché de l’emploi, avec des disparités profondes selon les régions, les genres et les milieux de résidence

La part de la population âgée de 15 ans et plus exerçant une activité économique est en chute libre : 41,6 % en 2024 contre 47,6 % en 2014. Ce recul concerne toutes les catégories de population, sans exception : Les hommes, dont le taux d’activité diminue de 75,5 % à 67,1 % en dix ans. Les femmes, déjà faible en 2014 (20,4 %), atteint un plancher historique de 16,8 % en 2024, révélant leur exclusion croissante du marché du travail. En milieu urbain, un recul de 49,1 % à 43,8 %. En milieu rural, une baisse encore plus marquée, passant de 45,1 % à 37,6 %

En milieu rural, le taux de chômage a plus que doublé, passant de 10,5 % en 2014 à 21,4 % en 2024, rejoignant presque le niveau des zones urbaines (21,2 %). Ce bond spectaculaire révèle un effondrement des opportunités économiques dans les campagnes, où les populations dépendent souvent de secteurs informels ou agricoles précaires. Les femmes rurales sont les premières victimes, leur faible taux d’activité (16,8 %) combiné à un chômage élevé (25,9 %) souligne leur grande vulnérabilité

L’analyse par région met en lumière une véritable fracture territoriale : Les régions les plus touchées : Guelmim-Oued Noun : 31,5 %, soit près d’un habitant actif sur trois sans emploi. Oriental : 30,4 %, accentuant une précarité historique dans cette région frontalière. Béni Mellal-Khénifra : 26,8 %, où l’économie peine à absorber une main-d’œuvre croissante. Laâyoune-Sakia El Hamra : 26,6 %. Fès-Meknès : 23,3 %. Les régions les moins touchées : Dakhla-Oued Ed-Dahab : 10,6 %, un contraste frappant qui illustre le dynamisme de cette région en plein essor économique. Casablanca-Settat : 18,8 %, portée par son rôle de locomotive économique nationale. Rabat-Salé-Kénitra : 19,8 %, où la présence des institutions publiques semble stabiliser le marché du travail

Si le chômage chez les hommes atteint 20,1 % en 2024 (contre 12,4 % en 2014), la situation est encore plus critique pour les femmes, avec un taux de 25,9 %. Malgré une légère amélioration par rapport à 2014 (29,6 %), cette réalité témoigne d’un échec à intégrer durablement les femmes dans les secteurs économiques porteurs. Leur faible taux d’activité (16,8 %) reflète également des obstacles culturels et structurels, renforçant leur dépendance économique et leur exclusion sociale

La jeunesse marocaine est particulièrement frappée par la crise. En l’absence de perspectives dans des secteurs à forte valeur ajoutée, beaucoup se tournent vers l’informel ou choisissent l’émigration. Ces choix révèlent un système économique incapable de répondre aux aspirations des générations montantes

La montée du chômage et les disparités territoriales exigent une réponse urgente. Les priorités incluent : Stimuler l’économie rurale, investir dans des secteurs porteurs comme l’agro-industrie et le tourisme local. Favoriser l’inclusion des femmes, mettre en place des politiques adaptées pour encourager leur participation économique. Réduire les écarts régionaux, développer les infrastructures et attirer les investisseurs dans les régions les plus touchées. Former et accompagner les jeunes, adapter les programmes éducatifs aux besoins du marché et renforcer les initiatives de soutien à l’entrepreneuriat

Le chômage au Maroc ne se limite pas à un simple indicateur économique, il traduit une fracture sociale croissante entre les genres, les générations et les territoires. La hausse généralisée du chômage, couplée à un recul de l’activité économique, constitue une menace réelle pour la cohésion nationale. L’action publique doit impérativement s’accélérer pour éviter que cette crise ne devienne une situation chronique, irréversible et source d’instabilité

84,4% des Marocains équipés, mais des inégalités numériques persistantes (HCP, RGPH) : un défi pour l’inclusion

 

Le numérique, véritable levier de transformation socio-économique, reflète aujourd’hui les profondes inégalités structurelles au sein de la société marocaine. Entre les écarts d’équipement technologique et les disparités socio-économiques croissantes, l’analyse des données récentes du Haut-Commissariat au Plan (HCP) met en lumière un tableau contrasté des avancées et des défis à relever.

L’équipement numérique : un reflet des inégalités sociales et éducatives

Avec 84,4 % des Marocains de 15 ans et plus possédant un téléphone personnel en 2024, cet outil devient incontournable, mais son accès reste marqué par des disparités notables. En milieu urbain, 89,3 % des individus sont équipés, contre seulement 75,5 % en milieu rural. Les femmes, encore marginalisées dans certains contextes, affichent un taux de possession inférieur (78,7 %) à celui des hommes (90,3 %).

L’écart se creuse davantage selon le niveau d’éducation : si 98,6 % des personnes ayant suivi des études supérieures possèdent un téléphone, ce taux chute à 69 % pour celles sans diplôme.

L’accès aux équipements plus sophistiqués comme les ordinateurs ou tablettes reste élitiste. Seulement 8,8 % de la population en possède un, une proportion qui atteint 12,5 % en milieu urbain et s’effondre à 2 % en milieu rural. Ici encore, l’éducation joue un rôle décisif : 43 % des diplômés du supérieur possèdent un ordinateur, contre moins de 1 % des personnes ayant arrêté leurs études au niveau primaire.

Internet : un outil de transformation, mais pas pour tous

La fracture numérique se poursuit dans l’accès à Internet. Bien que 59,6 % des Marocains aient utilisé Internet dans les trois mois précédant le recensement, l’écart entre milieux urbains (70,2 %) et ruraux (40,4 %) reste important.

Les jeunes (15-34 ans) se distinguent comme les plus connectés, avec un taux d’utilisation de 76,9 %. Cependant, cette connectivité reflète également des disparités éducatives : 22,2 % des individus sans niveau d’étude accèdent à Internet, contre 95,5 % des diplômés du supérieur.

À l’échelle régionale, les zones comme Dakhla-Oued Ed-Dahab (83,6 %) et Laâyoune-Sakia El Hamra (75,3 %) affichent des taux d’utilisation bien supérieurs à la moyenne nationale, tandis que des régions comme Béni Mellal-Khénifra (52,3 %) ou Drâa-Tafilalet (51,5 %) restent à la traîne.

Défis socio-économiques : chômage, recul de l’activité et perspectives incertaines

En parallèle, les indicateurs socio-économiques révèlent une détérioration inquiétante. Le taux d’activité économique a chuté de 47,6 % en 2014 à 41,6 % en 2024. Les femmes sont les plus affectées, leur taux d’activité tombant à 16,8 %, contre 67,1 % chez les hommes.

Le chômage a bondi de 16,2 % à 21,3 % sur la même période, atteignant des niveaux critiques dans certaines régions comme Guelmim-Oued Noun (31,5 %) et l’Oriental (30,4 %). Les jeunes et les femmes, principales victimes de ces évolutions, subissent de plein fouet le ralentissement économique et le manque d’opportunités.

Vers une stratégie globale et inclusive

Les données du HCP soulignent l’urgence d’une approche intégrée pour combler ces fractures numériques et économiques. L’éducation, pierre angulaire de la mobilité sociale, doit être renforcée pour garantir une meilleure inclusion technologique et un accès équitable aux outils numériques.

Dans un Maroc en pleine mutation, investir dans les infrastructures numériques des régions marginalisées, accompagner les femmes dans leur autonomisation technologique et lutter contre les inégalités socio-économiques sont des priorités stratégiques. À défaut, ces disparités risquent de compromettre les ambitions de développement durable et d’inclusion sociale du pays.

 

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