Oignon: le Maroc devient importateur… non sans conséquence sur les prix!

Longtemps exportateur d’oignons vers plusieurs marchés africains, le Maroc a connu une situation inédite cette saison en devenant importateur net. Entre juillet 2025 et avril 2026, le Royaume a importé plus de 21.600 tonnes d’oignons pour une valeur de 9,4 millions de dollars afin de compenser une forte baisse de la production nationale. Une évolution qui met en lumière les fragilités de la filière et les conséquences concrètes pour le consommateur marocain.
Le marché marocain de l’oignon a connu un véritable retournement cette saison. Selon les données publiées par le site spécialisé EastFruit, le Maroc a importé plus de 21.600 tonnes d’oignons, pour une valeur de 9,4 millions de dollars, entre juillet 2025 et avril 2026.
Une situation inhabituelle pour un pays traditionnellement considéré comme un important exportateur d’oignons, notamment vers les marchés d’Afrique de l’Ouest.
Des prix qui ont flambé
Pour les ménages, cette évolution s’est d’abord traduite par une forte hausse des prix.
Les difficultés de production dans plusieurs bassins agricoles, combinées à des stocks insuffisants, ont réduit l’offre disponible sur le marché national. Face à cette pénurie, les prix de gros puis les prix de détail ont atteint des niveaux rarement observés.
Les importations ont alors constitué un moyen de limiter les tensions sur le marché et d’éviter une rupture d’approvisionnement.
Pourquoi le Maroc a dû importer
Plusieurs facteurs expliquent cette situation.
Les principales zones de production, notamment Tamehdit, Fès et Meknès, ont été confrontées à des conditions climatiques défavorables ayant affecté les rendements et la qualité des récoltes.
Parallèlement, une partie des oignons de meilleure qualité a continué à être exportée, réduisant encore davantage les disponibilités destinées au marché intérieur.
À cela s’ajoute un problème plus structurel : les capacités de stockage et de conservation demeurent insuffisantes, ce qui entraîne d’importantes pertes après récolte et limite la possibilité de constituer des réserves pour les mois suivants.
L’Europe à la rescousse
Pour répondre rapidement aux besoins du marché marocain, les importations se sont fortement accélérées à partir du mois d’avril.
Les Pays-Bas ont fourni plus de 60 % des volumes importés, devant l’Espagne, qui représente près d’un tiers des expéditions. La France, la Belgique et l’Égypte ont également contribué à l’approvisionnement, dans des proportions plus limitées.
Au total, les importations ont largement dépassé les exportations marocaines sur la même période.
Un signal d’alerte pour la souveraineté alimentaire
Au-delà de la conjoncture, cette situation soulève une question plus large : celle de la résilience des filières agricoles face aux épisodes climatiques de plus en plus fréquents.
Le recours ponctuel aux importations permet de protéger les consommateurs contre une pénurie, mais il expose également le marché national aux fluctuations des prix internationaux, aux coûts du transport et aux disponibilités des pays fournisseurs.
À moyen terme, le renforcement des capacités de stockage, l’amélioration des infrastructures de conservation et une meilleure gestion des équilibres entre exportation et approvisionnement du marché intérieur apparaissent comme des leviers importants pour limiter la répétition de ce type de situation.
Pour les consommateurs, l’enjeu est clair : garantir un approvisionnement régulier en produits de base tout en limitant les hausses de prix qui pèsent directement sur le pouvoir d’achat.
