Confinement : déconnecté des réalités économiques, El Othmani se voit recadré par ses ministres!

A chaque sortie médiatique, El Othmani, Chef du Gouvernement, passe à côté de quelque chose, pas n’importe laquelle, mais le message essentiel.

Cela a été le cas lorsque, écouté sur les Chaînes nationales par quarante millions de Marocains, il déclare n’avoir aucune visibilité ou scénario pour l’après 20 mai ou l’après Covid19.

Mais cela a davantage été le cas lors de son dernier passage devant le Parlement pour annoncer si oui ou non on prolongeait le confinement !

Il s’éternise ainsi à faire un long exposé des mesures passées, les circonstances, les contraintes, les défis, les difficultés… bref ! de l’histoire ancienne pour préparer les esprits à un reconfinement.

Il faut dire que le Chef de Gouvernement a indéniablement fait un effort considérable cette fois en donnant de la voix, en semblant avoir de la visibilité et d’assumer un choix murement réfléchi et on a failli croire, pour un moment, à une transformation comme par magie de ses talents de communicateur !

Sauf que Sir El Othmani a omis d’insister sur l’essentiel et a donné en conséquence une fausse image de la stratégie du pays pour la suite.

En effet, ce que les citoyens ont retenu de sa longue diatribe est que, personnes comme économie, ce sera encore le confinement et l’arrêt total jusqu’au 10 juin. Une décision pour le moins courageuse car d’un côté les dégâts sont terribles et d’un autre côté la situation pandémique du Maroc est largement moins importante que celle de pays ayant déconfiné !

Mais le message livré était un peu imprécis car il s’agit limite du strict inverse pour ce qui est de la stratégie adoptée, du moins sur un plan économique.

Ce sera au ministre des Finances, Mohamed Benchaaboun, de jouer au sapeur pompier et corriger ainsi le tir de la Com’ gouvernementale, lors de son passage devant les Représentants de la Nation, mardi 19 mai.

Ainsi, au lendemain de la déclaration d’El Othmani, l’ancien patron de la Banque Populaire invite, on ne peut plus solennellement, les différentes entreprises à reprendre leur travail, pas après ou juste avant le 10 juin mais juste après l’Aid ! Bien sûr en les sommant de veiller au respect des mesures sanitaires de rigueur !

Pour justifier un tel appel, le ministre des Finances cite une batterie de chiffres qui donne froid au dos car dressant un tableau chaotique de la situation économique.

Le chiffre star retenu est celui de la facture quotidienne du confinement : un milliard de dirhams de perdu chaque jour.

Mais il y a d’autres chiffres : une baisse de 61,5% des exportations pendant les quatre premiers mois de l’année. Pour certains secteurs, la situation est plus alarmante : -86% pour les exportations l’automobile pendant avril comparé à mars, -81% pour l’aéronautique, -93% pour l’électronique, -86,5% pour le textile, -60% des recettes touristiques…

Seul rayon de lumière dans ce décor sombre, une croissance de 14% des exportations des phosphates et dérivés.

De façon globale, les deux mois de confinement coûteront au pays 6 points de base de croissance du PIB (c’est-à-dire qu’on se dirige vers une décroissance de -4% au mieux !)

La situation est aussi dramatique pour les caisses de l’Etat : un manque à gagner de 500 millions de dirhams pour chaque jour de confinement ! Et que serait un Etat sans prélèvement de l’impôt ?!

Et les ménages ?! C’est encore pire !

En effet, d’après le HCP, 34% des familles (4,6 millions sur un total de 14 millions) se sont retrouvées sans revenus pendant le confinement. Sur ce total, seul 8% ont pu compter sur l’aide de l’Etat pour survivre. Les autres se sont débrouillées pour casser la cagnotte de sécurité tout en recourant à l’endettement !

C’est probablement en pensant à cette situation dramatique que le ministère de l’Intérieur a donné ses instructions aux « Walis et Gouverneurs dans les zones ne connaissant pas ou peu de cas Covid19 d’autoriser la réouverture de façon exceptionnelle des commerces de prêt-à-porter d’ici à la fin du Ramadan », ce qui signifie, d’après le média, « un déconfinement progressif malgré la décision de prorogation ».

Est-ce qu’El Othmani n’était pas au courant de tout ça, n’avait-il pas tous ces chiffres et données?! Sa posture stricte et rigide quant à la possibilité d’un déconfinement progressif laisse en tout cas perplexe à croire qu’il vit sur une autre planète!