La sardine à 5 dirhams, un « rêve » avorté par les spéculateurs, ces capteurs de richesse en série
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La vente de sardines à 5 dirhams le kilogramme par un jeune commerçant de Marrakech a relancé un débat bien ancré au Maroc : pourquoi un produit pêché localement, vendu à bas prix à la sortie des ports, atteint-il jusqu’à 25 dirhams sur les marchés urbains ?
Une inflation alimentée par les intermédiaires
Selon les professionnels du secteur halieutique, le prix de débarquement des sardines oscille entre 3 et 4 dirhams le kilogramme depuis des années. Pourtant, en bout de chaîne, le consommateur paie souvent cinq à six fois ce prix. La raison principale ? Une multiplication des intermédiaires qui appliquent des marges disproportionnées.
Le modèle de distribution repose sur une série d’acteurs – mareyeurs, transporteurs, grossistes, détaillants – chacun imposant son prélèvement. D’après un économiste cité par Barlamane.com, le taux de marge appliqué sur la sardine marocaine peut atteindre 400 à 500 %, un niveau bien supérieur à celui observé dans d’autres pays exportateurs comme la Mauritanie ou le Sénégal.
Une spéculation entretenue
Ce phénomène est exacerbé par l’absence d’un encadrement strict des circuits de distribution et par une spéculation devenue quasi systématique. Comme le souligne un acteur associatif engagé dans la défense des consommateurs, « tant que la société civile ne maintiendra pas une pression constante pour exiger plus de transparence, ces distorsions économiques persisteront ».
L’initiative du commerçant marrakchi illustre qu’un prix abordable est possible dès lors que les intermédiaires sont contournés. Mais cette exception ne devrait pas masquer une réalité plus large : sans réforme structurelle, les consommateurs continueront à subir des hausses injustifiées des prix des produits de première nécessité.