Comment la technique a tué les tours opérateurs

Online booking

Le philosophe allemand Heidegger disant que la technique était aujourd’hui la métaphysique dans sa forme la plus aboutie. Une idée qui se confirme chaque jour un peu plus. Et les hôteliers semblent être dans la ligne de mire de la déesse technologie. Celle-ci semble décidée en effet à anéantir ceux qui refusent de se soumettre à ses nouvelles lois. Ainsi, grâce à Internet, des modes alternatifs se sont apparus basés notamment sur du pear to pear : un particulier qui va loger chez un autre particulier (n’importe où dans le monde). Et c’est la plateforme Internet qui se charge de les faire rencontrer, réserver, payer (ou pas), etc. Le leader en matière est le site Airbnb. Lancé en 2008, ce dernier contenait en 2015 plus de 1,5 millions d’annonces (chambres ou logements) dans 34.000 villes et 192 pays. Il pèse 25 milliards de dollars et réalise un CA de 900 millions de dollars. Airbnb est en quelque sorte le cas extrême du châtiment infligée à l’hôtellerie classique car il se propose de carrément la faire disparaître pour ne laisser que les particuliers entre eux.

Avant d’avoir droit à ce diable numérique, les opérateurs du secteur ont eu droit à l’avant-goût soft du ravageur Booking. Aujourd’hui, il devient juste impensable d’avoir une chambre d’hôtel n’importe où dans le monde sans passer par ce dernier. Les gens de Booking sont tellement pragmatiques qu’ils proposent des paiements dans la monnaie locale du pays du client. Ce qui est rare pour des achats internationaux sur Internet notamment pour un pays comme le Maroc où le contrôle des changes est encore bien en vigueur.

Résultat des courses : les tour-opérateurs, les bookeurs de l’antiquité, ne contrôle plus aujourd’hui que 25% de l’activité. Quant aux hôtels, ils n’ont que le choix de se soumettre aux conditions draconiennes de Booking : des prix bradés, des marges sacrifiées et surtout des clauses parfois très sévères comme : ne pas avoir le droit à revendre à un client que l’hôtel a eu une première fois à travers Booking!

Comment casser l’emprise de ces monstres technologiques ? L’un des derniers réflexes d’instinct de survie des TO et hôtels est aujourd’hui de s’allier pour faire front commun. Comment ? L’une des techniques de riposte consiste à ce qu’un TO loue pour une longue durée un hôtel en entier. Comme cela il ferme définitivement à Booking & Co’ tout en assurant des chambres d’hôtels à leur clientèle au prix qu’eux définissent.

Une solution pour le moins désespérée car on imagine mal les TO loués tous les hôtels du monde et même s’ils arrivent à le faire il faudrait qu’ils aient les reins suffisamment solides pour maintenir la pression le plus longtemps possible jusqu’à asphyxier Booking. Ce qui en est moins probable que l’hypothèse de départ car il ne s’agit là que d’un site Internet dont la structure de coûts sera toujours plus légère que celle des TO physiques.

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