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Viande rouge : à l’approche du Ramadan, la pression sur les prix ravive la fracture alimentaire

À mesure que le Ramadan approche, la question du pouvoir d’achat revient au premier plan dans les foyers marocains. Parmi les produits les plus sensibles, la viande rouge concentre les inquiétudes. Non pas en raison d’un manque d’approvisionnement, mais à cause de prix durablement élevés qui éloignent ce produit du panier de consommation d’une large partie des ménages.

Dans les boucheries des grandes villes comme dans les marchés de quartier, le constat est partagé : le kilo de viande dépasse désormais les capacités financières de nombreux consommateurs. Selon des relevés récents, la viande bovine importée se négocie autour de 90 dirhams le kilo, voire davantage, tandis que la viande locale atteint fréquemment 125 dirhams/kg ou plus. L’agneau oscille, quant à lui, entre 125 et 130 dirhams/kg.

Pour de nombreuses familles, l’achat de viande rouge relève désormais de l’arbitrage. « La demande existe, surtout à l’approche du Ramadan, mais elle est beaucoup plus hésitante qu’avant. Les clients comparent, demandent les prix, puis réduisent les quantités ou repartent sans acheter », confie un boucher. Selon lui, la viande n’est plus achetée pour la semaine, mais « au coup par coup, pour un plat précis ou pour recevoir des invités ».

Une hausse saisonnière sur fond de déséquilibres structurels

Si le Ramadan accentue traditionnellement la demande, la tension actuelle s’inscrit dans une dynamique plus profonde. Sécheresse prolongée, recul du cheptel, hausse des coûts d’alimentation animale, transport et charges diverses composent un ensemble de facteurs qui pèsent sur la filière.

« Les coûts de l’élevage ont fortement augmenté ces dernières années », explique Abdelkader El Herrak, éleveur dans la région de Casablanca. « Même lorsque les conditions climatiques s’améliorent, les pertes accumulées ne se compensent pas rapidement. La reconstitution du cheptel prend du temps. »

Dans ce contexte, la hausse saisonnière liée au mois sacré vient se superposer à des fragilités structurelles. La viande rouge, longtemps considérée comme un élément central des tables ramadanesques, devient progressivement un produit de consommation plus occasionnelle, reflet d’un changement contraint des habitudes alimentaires.

Des mesures gouvernementales à l’impact limité

Pour contenir la flambée des prix, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures : renforcement des importations de bovins, allègements fiscaux ciblés et assurances sur la disponibilité des stocks. Sur le papier, les leviers sont activés.

Dans la pratique, leur effet reste peu perceptible pour le consommateur final. « La viande importée est bien présente sur le marché, mais elle ne suffit pas à faire baisser les prix de manière significative », souligne El Herrak. Les volumes importés demeurent limités et les coûts logistiques, d’abattage et de distribution absorbent rapidement l’avantage initial.

Ce décalage alimente l’incompréhension. Les acteurs en amont évoquent des prix de sortie maîtrisés, tandis que les associations de consommateurs dénoncent une inflation persistante au détail. « Quand la viande importée est vendue quasiment au même prix que la viande locale, la question de la transparence se pose », estime un professionnel du secteur.

La question des circuits de distribution

Au cœur des interrogations figure la structure même de la chaîne de commercialisation. Fragmentée, avec de multiples intermédiaires, elle complique toute répercussion rapide des baisses de coûts vers le consommateur. Les marges, les frais de transport et les niveaux d’intervention successifs pèsent sur le prix final.

À l’approche du Ramadan, la persistance de tarifs élevés dépasse ainsi le simple effet saisonnier. Elle met en lumière des déséquilibres plus profonds de la filière viande et souligne les limites des mécanismes actuels de régulation.

Pour de nombreux ménages, la viande rouge devient un symbole tangible de la tension sur le pouvoir d’achat. Entre arbitrages budgétaires et adaptation des habitudes alimentaires, le mois sacré s’annonce une nouvelle fois sous le signe de la vigilance économique.

Avec Finances News

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