Ramadan 1447 H : entre tradition et bien-être, les produits “sans” gagnent du terrain

Pour ce Ramadan 1447 H, les rayons des grandes surfaces et des commerces de proximité traduisent une évolution progressive des comportements de consommation. Sans remettre en cause les incontournables de la table ramadanesque, une partie des ménages manifeste un intérêt croissant pour les produits dits “sans” – sans gluten, sans sucre raffiné ou sans additifs – dans une quête d’équilibre alimentaire et de confort digestif.
Cette tendance, amorcée depuis quelques années, semble se confirmer à l’approche de ce Ramadan. Les consommateurs accordent une attention accrue à la composition des produits, scrutent les étiquettes et privilégient des alternatives perçues comme plus naturelles ou mieux adaptées aux contraintes du jeûne, notamment pour l’iftar et le shour.
Dans certaines pâtisseries artisanales, cette évolution se traduit concrètement dans les pratiques. Aux côtés de la farine de blé classique apparaissent désormais des farines d’amande ou de riz. Le sucre blanc est parfois remplacé par du miel brut ou du sirop de dattes, tandis que le chocolat noir sans sucre ajouté s’invite dans certaines préparations.
Les professionnels du secteur parlent d’un ajustement progressif plutôt que d’une rupture. Les recettes traditionnelles demeurent majoritaires, mais la demande pour des versions plus légères progresse chaque année. La chebakia classique reste centrale, mais des déclinaisons à base de farine d’amande ou sucrées uniquement au miel trouvent leur public. Le sellou peut être revisité sans sucre raffiné, enrichi en graines et travaillé avec une torréfaction plus douce afin de préserver les saveurs.
Adapter ces recettes ancestrales exige toutefois un travail minutieux. La suppression du sucre blanc ou de la farine traditionnelle modifie la texture, l’équilibre gustatif et la conservation. Les artisans doivent multiplier les essais pour maintenir la qualité attendue par une clientèle exigeante. Le goût demeure un critère décisif : sans satisfaction gustative, l’adhésion reste limitée.
La même logique s’observe dans les préparations salées. Certaines briouates sont désormais cuites au four plutôt que frites, et des feuilles à base de riz remplacent parfois la pâte traditionnelle pour répondre aux besoins des personnes évitant le gluten. L’objectif affiché est de réduire les matières grasses sans altérer l’esprit des recettes.
Du côté des consommateurs, les motivations relèvent principalement du confort durant le jeûne. Les repas copieux peuvent entraîner une sensation de lourdeur qui se prolonge toute la nuit et perturbe la journée suivante. Les versions plus légères sont perçues comme un moyen de préserver l’énergie sans sensation de saturation.
Les mets emblématiques – harira, chebakia, sellou – restent au cœur de la table familiale. Mais certaines familles ajustent les quantités, privilégient des sucres naturels et optent pour des modes de cuisson jugés plus sains. Ces ajustements discrets traduisent une conscience croissante des enjeux liés à la santé, qu’il s’agisse d’intolérances alimentaires, de diabète, de cholestérol ou de troubles digestifs.
Cette transition n’est pas sans incidence sur les prix. Les farines alternatives et certains ingrédients spécifiques, parfois importés, affichent des coûts plus élevés. Ces produits restent donc positionnés sur un segment de niche, choisi en connaissance de cause par une clientèle prête à investir davantage pour des alternatives jugées plus adaptées.
Avec MAP
