
L’arrivée de l’offre « Free Max », qui inclut le Maroc dans un périmètre de 135 pays couverts, marque un tournant potentiel pour le marché national des télécoms. Pour Khalid Ziani, expert IT et télécoms, il ne s’agit pas d’une rupture technologique, mais bien d’un basculement commercial profond, appelé à fragiliser des équilibres installés depuis des années.
Le changement s’opère d’abord sur le terrain du roaming. Jusqu’ici, les voyageurs – touristes, MRE ou professionnels – devaient composer avec des contraintes bien connues : désactivation des données, achat d’une carte SIM locale, puis souscription à des forfaits limités. Avec « Free Max », cette logique disparaît pour les abonnés concernés, qui peuvent conserver leur numéro, accéder à la data sans restriction de volume et sans contrainte de durée de séjour.
La portée de cette évolution est loin d’être marginale. Sur les millions de visiteurs français qui se rendent chaque année au Maroc, une part significative pourrait être concernée. Pour ces utilisateurs, l’arbitrage devient rapidement économique : un abonnement légèrement plus coûteux en Europe peut éviter l’achat répété de recharges locales.
Au-delà de l’usage, c’est tout un modèle économique qui se trouve questionné. Le roaming constituait jusqu’ici une source de revenus importante pour les opérateurs marocains. Le passage à des accords d’interconnexion facturés en gros, plutôt qu’au détail, réduit mécaniquement les marges. Selon Khalid Ziani, l’impact pourrait être significatif dès les premiers déploiements.
Cette évolution pourrait rapidement s’étendre. D’autres opérateurs internationaux pourraient suivre la même voie, installant une nouvelle norme où les frontières nationales perdent de leur pertinence dans la consommation de data. Le marché marocain, longtemps relativement fermé sur ces accords, entre ainsi dans une phase d’ouverture accélérée.
Dans ce contexte, la grille de lecture évolue. La voix et les communications traditionnelles cèdent le pas à la data, devenue l’infrastructure centrale des usages numériques. Appels, messageries, visioconférences ou services digitaux reposent désormais sur Internet, ce qui redéfinit les priorités stratégiques des opérateurs.
Ce basculement impose une adaptation rapide. Les offres prépayées, dominantes au Maroc, pourraient perdre en attractivité face à des abonnements internationaux plus flexibles et plus compétitifs. La fidélisation des clients passera davantage par des offres intégrées, pensées pour des usages transfrontaliers, notamment pour une population de plus en plus mobile.
Les barrières pratiques à l’accès à ce type d’offre – conditions de souscription à l’étranger, moyens de paiement – pourraient ralentir l’adoption sans l’empêcher. À terme, ces obstacles apparaissent moins structurants que la transformation en cours des usages.
En toile de fond, l’évolution technologique se poursuit. La montée des solutions satellitaires et des modèles « direct-to-cell » introduit une pression supplémentaire, même si les réseaux terrestres conservent un avantage en termes de coûts. Dans cette configuration, des acteurs comme Free misent sur la mutualisation des infrastructures existantes à l’échelle internationale pour renforcer leur compétitivité.
Dans ce nouveau paysage, les opérateurs locaux ne sont pas nécessairement contournés, mais intégrés dans une chaîne de valeur élargie. Les flux de roaming continuent de générer des revenus, tout en participant indirectement au financement des infrastructures, notamment la 5G et la fibre.
Reste enfin la question de la régulation et de la confiance. L’augmentation des flux de données renforce les enjeux liés à la protection des informations personnelles, appelant à un alignement avec les standards internationaux.
Au fond, « Free Max » agit comme un révélateur. Plus qu’une offre commerciale, elle illustre une mutation structurelle du marché des télécoms, où la data devient globale et où les frontières nationales s’effacent progressivement. Face à cette transformation, le choix est clair : adapter les modèles ou voir les offres traditionnelles s’éroder sous l’effet d’usages devenus sans frontières.
Avec Le Matin

