Fraude fiscale: la DGI fait appel à l’iA

La Direction générale des impôts (DGI) accélère sa transformation numérique en faisant de l’intelligence artificielle et de l’analyse avancée des données les principaux leviers de sa nouvelle stratégie de lutte contre la fraude fiscale. L’objectif n’est plus de multiplier les contrôles, mais de mieux les cibler grâce à des outils capables d’identifier les comportements à risque.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre du plan stratégique 2024-2028, qui fait de l’« intelligence fiscale » un pilier de la modernisation de l’administration. La DGI privilégie désormais une approche fondée sur la gestion automatisée des risques, le croisement massif de données et la construction de profils de conformité afin de détecter les schémas de fraude les plus complexes.
La priorité est notamment donnée aux réseaux de fausse facturation, dont le préjudice est estimé entre 40 et 50 milliards de dirhams. Grâce aux technologies d’analyse de données, l’administration cherche à concentrer ses moyens sur les fraudes organisées au sein de l’économie formelle plutôt que sur une multiplication des contrôles généralistes.
Cette stratégie produit déjà des résultats. En 2025, les contrôles sur pièces ont progressé de 35 %, avec plus de 82.000 dossiers examinés, tandis que les contrôles sur place sont devenus plus sélectifs. Leur nombre a légèrement diminué, mais leur rendement s’est amélioré, traduisant une meilleure efficacité du ciblage.
L’un des principaux chantiers concerne la réception électronique des fichiers des écritures comptables (FEC). Ce dispositif permet à la DGI d’analyser automatiquement les comptabilités des entreprises avant même le déploiement généralisé de la facturation électronique. À terme, ces données alimenteront des algorithmes capables de détecter des incohérences, des anomalies ou des montages frauduleux avec une précision bien supérieure aux méthodes traditionnelles.
Cette évolution s’accompagne d’un important effort de montée en compétences des équipes de la DGI, notamment dans les domaines de la science des données, du traitement des données massives et de l’exploitation des outils d’intelligence artificielle.
Au-delà de la technologie, l’administration fiscale affirme vouloir faire évoluer sa doctrine. L’objectif affiché n’est plus de maximiser les recettes à court terme, mais de favoriser un meilleur niveau de conformité fiscale en concentrant les contrôles sur les situations présentant les risques les plus élevés. L’intelligence artificielle devient ainsi un outil d’aide à la décision destiné à rendre les contrôles plus efficaces, plus ciblés et plus équitables.
Avec L’Economiste
