Viande rouge, une enquête ouverte par la BNPJ sur un détournement possible des 13 milliards de subvention

La Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) enquête sur l’usage de 13 milliards de dirhams de subventions publiques accordées aux importateurs de bétail. Ces aides visaient à stabiliser le prix de la viande rouge, mais les prix n’ont pas baissé, alimentant les soupçons de détournement de fonds.
Une enquête sur fond de polémique
Le parquet général a chargé la BNPJ d’examiner les conditions d’attribution et d’utilisation des subventions gouvernementales destinées à l’importation de moutons et de bovins. Cette enquête intervient après des déclarations controversées de Nizar Baraka, ministre et secrétaire général du parti Istiqlal.
Selon Al Akhbar, les autorités passent au crible les bénéficiaires de ces aides, notamment certains parlementaires et personnalités politiques. Les enquêteurs doivent interroger plusieurs importateurs ayant profité des subventions et des exonérations fiscales.
Un marché dominé par une poignée de spéculateurs
Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, a récemment dénoncé des irrégularités majeures dans l’utilisation des aides publiques. Il pointe du doigt 18 grands acteurs du marché qui auraient artificiellement gonflé leurs marges bénéficiaires.
- L’objectif du gouvernement était d’augmenter l’offre en facilitant l’importation pour faire baisser les prix.
- Pourtant, les marges bénéficiaires des importateurs restent entre 20 et 25 dirhams par kilogramme, alors qu’elles n’auraient pas dû dépasser 10 dirhams.
- Les bouchers traditionnels, eux, enregistrent des marges de 8 à 10 dirhams/kg.
- Au total, les marges globales ont grimpé à 40 dirhams/kg, contre 20 à 25 dirhams/kg auparavant, preuve d’une mainmise excessive d’un petit nombre de spéculateurs.
Une répétition des erreurs passées ?
Ce n’est pas la première fois que des subventions publiques destinées à limiter la hausse des prix échouent à produire l’effet escompté.
- L’année dernière, 500 dirhams de subvention par tête de mouton importée avaient été alloués pour garantir un cheptel abordable à l’approche de l’Aïd Al-Adha.
- Pourtant, des spéculateurs auraient dissimulé des moutons avant de les revendre à des prix exorbitants après la fête.
D’après Ahmed Bouri, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, 480 000 têtes de bétail ont été importées en 2024, bénéficiant d’un soutien public de 240 millions de dirhams. Cependant, les aides ont finalement été intégrées aux prix d’achat à la source, sans aucun effet sur les prix finaux pour les consommateurs.
Un détournement massif ?
Alors que l’inflation des viandes rouges persiste, cette enquête pourrait lever le voile sur des pratiques frauduleuses impliquant des acteurs influents du marché. Reste à savoir quelles sanctions seront prises si les détournements sont avérés. ■