Logement cher dans les grandes villes : Airbnb, investisseurs et pénurie alimentent la hausse des loyers

Se loger à un prix abordable devient de plus en plus difficile dans les grandes agglomérations du Royaume. Devant la Chambre des représentants, le secrétaire d’État chargé de l’Habitat, Adib Benbrahim, a reconnu une hausse généralisée des loyers et des prix de l’immobilier, imputant cette situation à une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels, parmi lesquels la pénurie de logements, la pression des investisseurs et l’essor des locations de courte durée.
« Il y a effectivement une hausse des loyers, que ce soit à l’achat ou à la location », a déclaré le responsable gouvernemental lors des questions orales du lundi 12 janvier. Selon lui, la cause principale réside dans le déséquilibre persistant entre l’offre et la demande. Dans les grandes villes, l’attractivité économique, la concentration des emplois, des établissements scolaires et des services de santé continuent d’attirer de nouveaux habitants, alors que l’offre de logements peine à suivre.
La rareté du foncier constructible, notamment dans les zones centrales, limite la production de nouvelles unités. Les logements existants deviennent ainsi insuffisants pour absorber la demande croissante, ce qui exerce une pression mécanique sur les prix, tant à la vente qu’à la location. Cette tension est particulièrement marquée dans les quartiers bien desservis et proches des pôles d’activité.
À ce déséquilibre s’ajoute le rôle croissant des investisseurs privés. Selon Adib Benbrahim, une partie du parc immobilier est aujourd’hui orientée vers la location de courte durée, notamment via des plateformes comme Airbnb. Ces logements, retirés du marché locatif classique, réduisent l’offre disponible pour les ménages à la recherche d’un logement permanent. D’autres investisseurs privilégient des stratégies d’achat-revente à court terme, contribuant à tirer les prix de référence vers le haut et, par ricochet, à renchérir les loyers.
Le secrétaire d’État a également pointé l’influence du secteur bancaire. Les institutions financières tendent à favoriser le financement de projets à forte rentabilité, en particulier ceux liés à la location touristique ou aux segments haut de gamme, au détriment des logements destinés aux classes moyennes et aux ménages à revenus intermédiaires. Cette orientation renforce l’attractivité de l’investissement locatif spéculatif et accentue la pression sur le marché résidentiel traditionnel.
La localisation reste, par ailleurs, un facteur déterminant. Les zones proches des bassins d’emploi, des écoles et des infrastructures sanitaires concentrent la demande, tandis que les quartiers périphériques ne constituent pas toujours une alternative viable en raison des coûts et des contraintes de transport. Cette réalité pousse de nombreux ménages à accepter des loyers plus élevés pour rester à proximité des services essentiels.
Face à cette situation, le gouvernement prépare des réponses structurelles. Adib Benbrahim a annoncé qu’une étude commandée par son département est en phase de finalisation. Elle vise à encadrer le développement des logements à loyers supérieurs au marché et à proposer des solutions alternatives, notamment à travers l’intervention d’institutions publiques régionales.
Le dispositif envisagé reposerait sur la mise à disposition de logements à long terme, avec un mécanisme permettant aux locataires de constituer progressivement un apport en vue d’une future acquisition. Une partie du loyer serait ainsi capitalisée, ouvrant la voie à une accession progressive à la propriété.
Les conclusions de cette étude sont attendues en mars. Elles devraient permettre de définir des mesures concrètes pour mieux organiser le marché locatif, limiter les effets de la spéculation et améliorer l’accès au logement dans les zones sous forte tension. L’enjeu, selon le secrétaire d’État, est de rétablir un équilibre durable entre attractivité urbaine, investissement privé et droit au logement pour les ménages.
Avec Le360
